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Rallye des médias algériens : Une course pour l’avenir

Editor de Sep 18, 2012 - 07:41 dans Economie

Pour sa troisième édition, le Rallye des médias algériens retrouve son circuit habituel : Tabarka, Hammamet et Sousse, avant de regagner Alger…

Par Amina HADJIAT, Alger

Arabies participe à la course pour la première fois, au volant de la Chevrolet Sonic. Le seul média étranger à concourir au côté des titres algériens. Liberté, Le Soir d’Algérie, El Watan, El Khabar, ENTV, Canal Algérie… Une volonté de Nabil Meghiref, directeur de rédaction de DZautos et organisateur du Rallye. Pour les prochaines éditions, il souhaite accueillir la presse internationale.

Au total, 32 médias, tous supports confondus, ont embarqué le 26 mai 2012 pour une semaine sur les routes algéro-tunisiennes. Par équipes de deux ou trois personnes, à bord de véhicules maquillés et prêtés par des concessionnaires automobiles algériens, la caravane de journalistes emprunte l’autoroute Est-Ouest d’Algérie pour rallier la Tunisie. Les conducteurs(rices) s’autorisent quelques accélérations et dépassements, mais ils sont vite recadrés par les membres de la Fédération des sports mécaniques, juges de la course. Il s’agit d’un rallye de régularité. Le mot d’ordre est : sécurité routière.

Arrivée à Constantine, avec ses côtes et ses ralentisseurs rapprochés par dizaines. Quasi à l’arrêt, le cortège attire les curiosités. « Donne-moi une puce », lance un passant qui voit le logo en étoile du sponsor, l’opérateur téléphonique Nedjma. Mais avec les chiffres inscrits en grand sur les côtés de chaque voiture, on comprend vite que c’est une course. Petits et grands agitent les mains en signe d’encouragement, scandant : « one, two, three, viva l’Algérie ».

Le cortège dépasse Annaba et avance sur des routes nationales sinueuses, aidé par la Skoda de la Revue de la police et des nombreuses patrouilles de gendarmerie, de motards et de protection civile, postées tout le long, jusqu’à la frontière, par le poste d’Oum T’boul.

Après les formalités douanières, le convoi de véhicules entame les premiers virages de Tabarka. Malgré l’heure tardive, près de minuit, la délégation est accueillie à l’hôtel par des musiciens et des danseurs en habits traditionnels. Exceptionnellement, le restaurant a retardé le dernier service pour l’arrivée du groupe. Pendant le dîner, les juges procèdent au tirage au sort pour déterminer l’ordre de départ du lendemain. Les dernières consignes sont énoncées par l’organisateur. « Le départ est fixé à 8 h demain matin », crie Nabil Meghiref, debout sur sa chaise.

L’Office national du tourisme tunisien (ONTT) est partenaire de l’événement. Fawzi Basly, son représentant en Algérie, prend part personnellement à la course. « Les Algériens ne sont pas de simples touristes, mais des frères qui soutiennent la Tunisie pour la faire sortir de cette crise économique », dit-il. Le ton est donné, l’ONTT compte sur la présence du million d’Algériens qui visitent chaque année leur pays. D’autant qu’ils ne sont pas du genre à prendre la formule « all inclusive ».

Une chaude journée est en vue pour cette première étape de 244,2 km, reliant Tabarka à Hammamet. Avant les départs, des équipes de télévision enregistrent quelques images et interviews des collègues. Dans les voitures, l’heure est aux calculs. La vitesse moyenne imposée est de 59 km/h et l’itinéraire indiqué dans le road book. Il faut d’abord sortir de l’agglomération, puis traverser des villages bordés de terres cultivées. On y aperçoit des petits points colorés. Ce sont les femmes qui s’affairent dans les champs. La nature est belle et à cette vitesse réduite, environ 40 km/h, on peut l’admirer. Ensuite, ce sera l’autoroute, l’occasion de rattraper le retard. Les concurrents arrivent chacun leur tour à Hammamet Yasmine. Aucune information ne filtre de la part des juges. Ils tiennent à garder le classement secret.

« Le taux de chômage a doublé ». Après le déjeuner, un petit tour par le souk s’impose. Le passage du Rallye égaie la population locale qui en a bien besoin. Les marchands de souvenirs racontent l’absence de clients. Les restaurateurs aussi. « Beaucoup ferment boutique », disent-ils. Les locaux à louer ou à vendre se multiplient. Le nombre de sans-emploi est passé de 400 000 à 800 000 pour une population active de 4 millions de personnes. « Les Tunisiens ont fait la révolution pour avoir un travail et une vie décente. Et au lieu de cela, le taux de chômage a doublé », regrette un artisan de mosaïques.

Après une nuit à Hammamet, direction Sousse à 80 km, ville d’arrivée de la deuxième étape de la course. Toujours sous un soleil de plomb, cette étape se déroule en grande partie sur l’autoroute. La difficulté est de rouler lentement, tout en évitant les radars des juges, cachés en des points secrets. Le cortège stationne à l’entrée de la ville, au point d’arrivée. Il est presque 17 h et, une fois dans la ville, la circulation est si dense qu’il est impossible de se suivre. Au niveau du port El-Kantaoui, les voitures se faufilent tant bien que mal parmi les nombreux taxis jaunes, avant d’arriver enfin à l’hôtel.

À Tabarka, comme à Hammamet et maintenant à Sousse, le constat est le même. Le taux de remplissage des hôtels est au plus bas. Quelques Russes, quelques Anglais, et puis c’est tout… Les recettes ont diminué de moitié. Les employés ont l’air exténués, les traits tirés. « Je ne compte pas mes heures, je suis fatigué », se justifie un agent qui enchaîne les services.

Troisième et dernière étape : Sousse-Monastir-Kerouan. Seulement 76 km, mais à une vitesse moyenne de 45 km/h. Autant dire que ça permet de voir du pays. La révolution a écorné l’image de carte postale longtemps associée à la Tunisie qui montre désormais les premiers signes de laisser-aller. Ce que la police de Ben Ali a caché durant son règne apparaît désormais jusque sur les trottoirs de l’avenue Bourguiba : mendiants, vendeurs à la sauvette, barbus et femmes voilées. Aujourd’hui plus que jamais, la Tunisie a besoin de redorer son image et de rassurer l’étranger quant à sa sécurité.

« Les médias font peur aux touristes ! » Les journalistes de la délégation algérienne, avertis en matière d’insécurité, n’en ont pas constaté sur leur itinéraire. Cependant, lorsqu’on regarde le journal télévisé de la chaîne officielle, les titres parlent d’islamistes incendiant des postes de police et des bars à Jendouba, d’une rédaction de télévision saccagée près de Tunis, de rassemblements salafistes… « Ce sont des faits-divers auxquels les médias accordent trop d’importance. Inconsciemment, ils font peur aux touristes. Démocratie n’est pas synonyme de désordre ! », s’indigne Habib Bouslama, P-DG des hôtels Nahrawess et président de la Fédération des hôteliers du Cap Bon.

Même s’il avoue qu’il y a bien « un relâchement psychologique » des forces de l’ordre, ce notable du tourisme tunisien se dit rassuré : « Nous disposons d’une police efficace, capable de garantir la sécurité du pays. » La traversée tunisienne se termine sur une soirée de célébration des vainqueurs. Sur le podium dans l’ordre : Canal Algérie, Dziriet et El Watan.

Un nouveau souffle économique peut être salvateur. Débarrassés de l’emprise économique du clan Ben Ali-Trabelsi, les professionnels du tourisme tunisien pensent désormais développement, attractivité, tourisme de luxe, terrains de golf. « Il nous faut diversifier l’offre touristique et sortir du tout-balnéaire », explique M. Bouslama. Et aussi en finir avec la politique des prix cassés, imposée depuis quelques années par les tours-opérateurs.

Encore faut-il qu’un gouvernement islamiste soutienne ces projets d’avenir. À titre d’exemple, M. Bouslama cite la Turquie qui compte chaque année près de 30 millions de touristes. « Les Turcs sont venu apprendre le tourisme en Tunisie dans les années 1970 », s’exclame-t-il. Selon lui, la nécessité économique mais aussi la personnalité du Tunisien empêcheront le pays de tomber dans l’obscurantisme.

« Islamiste ou pas, aucun gouvernement responsable ne peut se passer du tourisme en Tunisie », affirme-t-il. Le convoi reprend la route vers Alger. Les journalistes quittent une Tunisie qui veut dépasser sa révolution pour regarder vers l’avenir.