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Pacte économique de croissance

Editor de Oct 13, 2015 - 04:18 dans Economie

L’Algérie est en phase d’application de nouvelles mesures structurelles, plus axées sur la rigueur et l’efficience économique.

De nouvelles dispositions incitatives à l’entrepreneuriat ont été prises par Abdessalem Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines. « Toutes les mesures revendiquées depuis bien longtemps par le patronat ont été prises en charge par les dernières dispositions adoptées et les décisions contenues dans la loi de finances complémentaire 2015. Nous avons mis l’entreprise au cœur des préoccupations et il n’y aura plus, désormais, aucune différence entre secteurs public et privé », a-t-il souligné lors d’une déclaration à la presse. De son côté, Abderrahmane Benkhalfa, le ministre des Finances, a expliqué que l’objectif des mesures gouvernementales est « de passer du développement à la croissance, du budget au marché, d’une prospé- rité sociale à une efficience économique ».

En effet, afin de simplifier les procédures de création des entreprises et de faciliter l’accès au foncier industriel, la loi de finances 2015 prévoit la création d’un guichet unique et la mise en place d’un Comité d’assistance à la localisation, la promotion des investissements et de la régulation du foncier (Calpiref). De plus, cette dernière contient de nouvelles mesures fiscales en faveur de la promotion des activités économiques. L’assainissement fiscal du marché informel, entré en vigueur en août dernier, va permettre aux entrepreneurs de réinjecter des fonds importants dans l’économie formelle.

Toujours dans le cadre des nouvelles mesures incitatives, le ministre de l’Industrie et des Mines a annoncé qu’il soumettra prochainement un projet de texte dans lequel seront identifiées les filières industrielles stratégiques qui bénéficieront des mesures exceptionnelles et de divers avantages pour booster leur croissance. Foncier industriel. Ainsi, pour répondre aux attentes des investisseurs en matière de foncier industriel, des travaux de réalisation de 31 parcs industriels seront lancés dès ce mois d’octobre. Selon Abdessalem Bouchouareb, ces projets permettront « d’atténuer la pression sur l’offre du foncier industriel ».

Ce programme atteindra 40 parcs, soit 15000 hectares d’ici à la fin de cette année. Pour assurer une optimisation de l’utilisation du foncier industriel, le ministre de tutelle a aussi indiqué que la loi de finances complémentaire 2015 a institué une taxe de pénalité de 3% à l’encontre des bénéficiaires de terrains à vocation industrielle non exploités trois années après leur attribution. Le ministère de l’Industrie et des Mines devrait engager une opération de recensement pour connaître les actifs industriels publics utilisés pour optimiser l’offre en matière de foncier industriel.

Contenues dans un plaidoyer intitulé « Plan d’émergence économique de l’Algérie », l’organisation patronale Forum des chefs d’entreprises (FCE) a plaidé en avril dernier pour la mise en œuvre de mesures d’urgence. Ces dernières consistent essentiellement dans l’accélération des réformes structurelles de l’administration, la libéralisation des initiatives de l’entrepreneuriat, la refonte du système fiscal, du foncier industriel, le code des investissements directs et des subventions.

« Le temps est venu de veiller à la mobilisation des capacités nationales, publiques et privées », a souligné Ali Haddad, président du FCE lors d’une conférence de presse. Le plaidoyer du FCE se focalise sur des réformes structurelles vitales : la réforme de l’administration économique, le renforcement du rôle régalien de l’État, la libération des initiatives et de l’entrepreneuriat. Les propositions s’articulent aussi autour de la révision du système fiscal et de la gestion du foncier industriel, la refonte de la politique de subventions et la dynamisation du marché financier.

Économie nationale. « Notre démarche préconise que le développement de l’économie nationale ne doit plus reposer uniquement sur la rente des hydrocarbures et sur la politique des dépenses publiques », a souligné Ali Haddad lors d’une conférence de presse organisée en marge de sa récente rencontre avec le Premier ministre, Abdelmalek Sellal.

Le président du FCE, qui a salué la mesure du gouvernement concernant la refonte du code des marchés publics, a expliqué que cette dernière permettra aux entreprises locales de participer activement à la promotion de la production nationale. Ce dernier plaide aussi pour la dépénalisation de l’acte de gestion, une mesure réclamée depuis très longtemps par le milieu des affaires, afin de permettre aux managers des entreprises publiques de libérer les initiatives dans la gestion des risques liés aux projets de grande envergure.

De son côté, Lyes Kerrar, économiste et président du cabinet d’expertise Humilis Finance, plaide pour l’abolition de la Taxe sur l’activité professionnelle (TAP), impôt en pourcentage sur le chiffre d’affaires. Ce dernier souligne que la TAP représente un frein aux actions de réinvestissement et un obstacle majeur qui empêche le développement de l’industrie et la sous-traitance. « Il est impossible d’escompter un développement industriel avec un tissu de sous-traitance si la TAP en pourcentage du chiffre d’affaires est maintenue ou réduite », explique-t-il dans un entretien accordé à un quotidien algérien. Pour gagner en efficience économique et compétitivité de la production nationale, l’économiste plaide aussi pour la création de zones franches industrielles avec une administration indépendante.

Diversification. Une tripartite entre le gouvernement, l’Union générale des travailleurs algé- riens (UGTA) et le patronat aura lieu en octobre prochain. Organisée à Biskra, dans le sud algé- rien, une wilaya connue pour la croissance de la filière agricole et disposant d’un fort potentiel pour le développement d’un pôle industriel, cette rencontre aura pour objectif la promotion de la production nationale. À ce propos, le ministre de l’Industrie et des Mines a indiqué que la conjoncture actuelle impose plus de rigueur et d’efficience en matière de stratégie économique, notamment dans la diversification des filières hors hydrocarbures.

« Aujourd’hui, la situation économique du pays nous impose d’accélérer les réformes économiques […]. Cette première étape de relance économique doit passer par la substitution à l’importation en développant la production nationale », a-t-il affirmé. Selon le ministère de tutelle, une quinzaine de filières industrielles stratégiques ont été identifiées – dont les industries mécanique, pharmaceutique, sidérurgie et aé- ronautique – et bénéficieront de mesures incitatives permettant de faire fructifier les investissements productifs. « Ces filières sont celles qui nous coûtent cher en termes d’importations et qui recèlent d’importants potentiels », a martelé le ministre de tutelle.

De son côté, le président du FCE souligne que de nombreuses filières seront aussi concernées par ces mesures incitatives au développement de la production nationale. Dont la sous-traitance, la création de petites et moyennes entreprises, le transport, la logistique, le bâtiment et les travaux publics et travaux hydrauliques (BTPH), le médicament, la production de céréales, l’industrie électronique et l’électroménager, les nouvelles technologies de l’information et de la communication et le tourisme. Le secteur industriel ne contribue actuellement qu’à hauteur de 40% aux besoins nationaux. L’objectif du gouvernement est de parvenir, à moyen terme, à couvrir les besoins locaux et d’envisager de consacrer l’excé- dent à l’exportation.

Selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des Douanes algériennes (Cnis), la facture des importations de produits pharmaceutiques a connu une baisse de 30,05 % au premier semestre 2015. Cette dernière est évaluée à 842,124 millions de dollars, contre 1,2 milliard de dollars à la même période en 2014. Et pour cause, cette filière enregistre une augmentation des investissements productifs. Elle compte aujourd’hui près d’une centaine d’unités de production de médicaments et de consommables. De plus, depuis janvier dernier, les pouvoirs publics ont décidé d’exclure les firmes étrangères au profit de la Pharmacie centrale des hô- pitaux (PCH).

Alexandre Kateb, économiste et maître de conférences à Sciences Po Paris, a souligné que le déficit de la balance de paiement que connaît le pays depuis la chute du prix des hydrocarbures est alimenté aussi par des dépenses d’équipement croissantes et des subventions explicites et implicites qui représentent 30 % du PIB. Dépenses. Selon l’économiste, les dépenses d’équipement devraient croître de 20% et atteindre 38 milliards de dollars d’ici à la fin de 2015. Pour y remédier, l’économiste plaide pour la création d’un « fonds d’investissement public pour le développement des infrastructures, qui pourrait associer des bailleurs de fonds internationaux et des investisseurs privés au financement des projets ».

Le pacte national économique et social de croissance, signé en février 2014, deviendra-t-il un engagement durable des pouvoirs publics, des opérateurs économiques et des partenaires sociaux pour la promotion et la valorisation de la production nationale ? La prochaine tripartite concrétisera-t-elle des mesures devenues plus que jamais incontournables pour poursuivre le chemin des réformes économiques ? Affaire à suivre.