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MONDE Des défis immenses

Lila Schoepf de Sep 6, 2017 - 06:20 dans Economie

Marwan Boodai, P-DG de Boodai Group et président de Jazeera Airways, se montre prudent, s’attendant à une hausse graduelle plutôt qu’à une flambée des prix du pétrole.

Quelle est la situation économique dans le Golfe, et plus spécifiquement au Koweït, et quel impact a-t-elle sur vos affaires ?
Au cours de ces trois dernières années, nous avons connu des problèmes géopolitiques, un peu partout dans le Golfe, et dans le même temps, des situations très complexes dues à la chute des prix du pétrole. Mais ce ne fut pas le cas dans le passé, pendant de nombreuses années. Même si nous avions des problèmes, du point de vue géopolitique, la région connaissait une grande prospérité économique.
Cependant, au cours de ces trois dernières années, il y a eu l’un et l’autre, disons, une sorte de double impact dans notre région. Toutefois, en regardant vers l’avenir, nous espérons une meilleure année 2017, avec les prix du pétrole allant dans la bonne direction. Nous nous attendons à ce que ces derniers se stabilisent, avec ainsi des retombées positives dans la région du Golfe.

Quelles sont vos prévisions en ce qui concerne les prix du pétrole ? A quel niveau devraient-ils monter, pour que vous estimiez que l’économie se porte bien ?
D’un côté, étant dans le domaine des compagnies aériennes, je dirais que plus bas seront les prix, meilleure sera la situation. Néanmoins, d’un autre côté, nous apprécions le fait que les prix grimpent, parce que cela pourrait se traduire par davantage de dépenses gouvernementales dans le Golfe, et garantirait un meilleur rendement pour l’économie dans son ensemble. Mais le fait de fixer le prix du pétrole est un paramètre qui n’entre pas dans ma spécialité.
En réalité, je ne pense pas que quiconque puisse le déterminer ou y mettre un prix. L’échelle de tarifs dans laquelle il se trouve actuellement semble toutefois raisonnable, et nous espérons voir une reprise progressive plutôt qu’une brusque hausse. En effet, s’il montait rapidement maintenant, il chuterait de même rapidement. Par conséquent, la stabilité des prix est ce dont nous avons réellement besoin dans notre marché.

Mais qu’est-ce qui ferait monter les prix ? L’économie de la Chine en est toujours plus ou moins au stade que l’année dernière. Nous ne sommes pas sûrs non plus de bien pouvoir analyser la situation actuelle aux États-Unis… D’où pensez-vous donc que pourrait venir la demande ?
Vous avez pu constater lors du Forum économique mondial de Davos de cette année que les économies, sur le plan mondial, n’étaient pas dans leurs meilleurs jours. Cela concerne particulièrement la Chine, l’Europe et les États-Unis. Elles ne sont toujours pas au meilleur de leur potentiel aujourd’hui.
Et comme nous le savons tous, le pétrole est un produit de base, et ce sont les consortiums qui peuvent réellement fixer les prix. Par conséquent, la seule façon de pouvoir équilibrer les prix, ou disons plutôt de stabiliser les prix du pétrole, serait d’en contrôler la production.
La demande est en baisse, et nous devons nous assurer qu’il n’y a pas d’offre excédentaire sur le marché. C’est la seule façon susceptible de contribuer à la stabilisation des prix.

Quelle est la situation politique chez vous, au Koweït ? Et quelles incidences a-t-elle sur l’écosystème des affaires ?
Eh bien, le Koweït est un pays qui représente toujours un marché très intéressant au sein de la région. Nous bénéficions de la démocratie, et nous bénéficions de la liberté de parole dans les médias. Ce n’est pas un phénomène qui est apparu du jour au lendemain, mais qui a plutôt évolué au fil des ans. Cela enrichit notre société. Tous ces débats et ces discussions dans le pays ajoutent fondamentalement à la valeur du développement de la nation.
Le Koweït se trouve actuellement dans une position favorable, avec divers plans ambitieux, relatifs aux projets d’infrastructure et aux investissements gouvernementaux. Ces projets ne sont pas au stade de la planification, mais ont été signés et se trouvent en cours d’exécution. Aucun projet n’a été annulé, ce qui est très important pour donner confiance dans le marché.
Les dépenses des consommateurs se trouvent également à leur niveau le plus élevé, ce qui nous donne donc de bons signes positifs pour être optimistes, aussi bien économiquement que politiquement. Du fait de la stabilité politique que nous connaissons au Koweït, nous nous attendons à ce que 2017 et les années à venir soient réellement prometteuses.

Vous dirigez l’une des compagnies aériennes de la région, une compagnie privée, et par conséquent non subventionnée. Comment cela s’est-il passé au niveau de la concurrence avec d’aussi grandes entreprises dans votre région ?
Nous sommes en concurrence avec des gouvernements, et nos concurrents sont donc principalement gérés par les gouvernements. Ils contrôlent les aéroports, ils contrôlent le carburant, ils contrôlent tout, comme l’immigration, et d’autres choses encore…
Quoi qu’il en soit, nous avons créé une marque qui est véritablement appréciée par le public, par les gens. Nous leur donnons satisfaction, et ils en ont vraiment ainsi « pour leur argent ». Et depuis que nous avons commencé nos opérations au Koweït il y a une dizaine d’années, nous n’avons pas seulement offert les services, nous avons également veillé à ce que les voyages en avion soient accessibles à tout un chacun au Koweït, qu’il s’agisse de citoyens ou de résidents. C’est cette stratégie qui nous a aidés à nous développer sur le marché.

Quelle est la taille actuelle de votre flotte, et combien de passagers transportez-vous annuellement ?
Nous sommes une compagnie conservatrice, et aujourd’hui nous opérons avec sept appareils. Nous voulons enrichir nos actionnaires, et non Boeing ou Airbus. Nous ne parions jamais sur les avions ou sur les grandes commandes, mais bien au contraire, nous avons vendu notre flotte entière l’année dernière et repensé nos besoins, pour nous protéger de tout risque par rapport aux devises.
Je pense que notre point de vue s’est avéré judicieux, avec l’impact que l’on connaît de la baisse de la valeur du dollar. Nous avons réduit ce risque, en raison du fait que tous nos revenus sont basés sur les monnaies locales, dans le Golfe, et particulièrement au Koweït, et nous avons vu l’écart s’élargir entre le dollar et la monnaie locale.
Nous transportons environ un million un quart de passagers, ce qui représente près d’un tiers de la population du Koweït. C’est en effet le bon chiffre pour opérer, du fait que nous nous concentrons sur le réseau régional.

La compagnie est-elle rentable ?
Oui. Le groupe Jazeera est une compagnie cotée en bourse, et vous pouvez le suivre sur le Kuwait Stock Exchange (Bourse du Koweït). Vous noterez que la participation du secteur privé aux entreprises et aux services allégerait la charge pesant sur les épaules du gouvernement. Avec le temps, nous espérons, et nous voudrions voir toutes les compagnies aériennes du Conseil de coopération du Golfe (CCG) entre les mains du secteur privé.

Vous contrôlez également un des domaines les plus inhabituels dans le secteur privé, les médias. Quels sont selon vous les défis dans ce secteur d’activité ?
Les défis sont immenses, en ce qui concerne les médias. Les États et les gouvernements se trouvent à nouveau dans le domaine des médias, particulièrement dans le Golfe, et c’est, d’une certaine manière, une sorte de situation d’amour et de haine. D’une part, il est vrai que nous avons tous besoin du soutien du gouvernement pour garantir la mise en valeur du support média dans la région. D’autre part, il se trouve que ce sont les concurrents. Mais nous avons procédé ainsi, depuis de très longues années…