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Marché unique numérique

Lila Schoepf de Juin 21, 2017 - 08:33 dans Economie

Vice-président de la Commission européenne, Andrus Ansip affirme que le soutien de l’UE est réel pour la création d’un marché unique numérique, mais que des défis demeurent.

L’Union européenne avance rapidement pour parvenir à la concrétisation du marché unique numérique. Quels en sont les défis ?
D’une façon générale, nous avons eu la possibilité de créer un marché unique dans l’Union européenne [UE], il y a environ vingt ans. Chacun en a profité, mais je regrette de dire que le marché unique numérique n’existe toujours pas, et le coût du numérique non européen est énorme, selon l’analyse établie par le Parlement européen.
Ce coût est d’environ 415 milliards d’euros par an. En conséquence, le message est clair : nous devons créer ce marché. Nous en avons lancé la stratégie en 2015. L’année dernière, nous avons présenté des propositions et nous devons maintenant finaliser ces négociations entre nos États membres, avec le Parlement européen et la Commission européenne. J’espère que 2017 sera une bonne année pour les citoyens européens ; nous comptons supprimer les frais supplémentaires d’itinérance, ou roaming, dans l’UE, à partir du 15 juin prochain. Tous devraient donc en profiter.
Nous supprimerons ensuite la situation injustifiée de « géoblocage ». Nous avions lancé dans l’UE une enquête d’achat mystère, et selon ses conclusions, un tiers seulement des personnes qui avaient essayé d’acheter certains biens et services d’un quelconque autre pays ont été à même de conclure ces achats avec succès.
Chaque année, 20 % des Européens passent dix jours au moins dans un autre pays de l’UE, et veulent avoir accès, pendant leur voyage, à leur contenu numérique acheté légalement. Ils ne peuvent pas le faire, en raison de restrictions liées aux droits de reproduction, ou copyright. Nous aimerions donc permettre prochainement cette portabilité du contenu numérique.

Pourquoi a-t-il été si difficile de passer d’un marché commun unique de biens et services, à un marché unique numérique ? Quelles ont été les entraves ?
Je pense qu’au niveau de l’UE nous n’avons pas accordé l’attention nécessaire, dans le passé, à de nombreux développements numériques, mais nous pouvons maintenant affirmer que le numérique se trouve partout. La vie entière est numérique, notre économie est numérique, et c’est pourquoi nous pouvons voir tous les matins comment ces barrières que nous avions réussi à démolir il y a vingt ans séparent toujours nos États membres. Ces problèmes surgissent encore parce que nos économies sont maintenant devenues plus numériques. Nous devons démolir ces barrières une fois de plus.
Il existe en général un fort soutien, mais quand nous entrons dans les détails, nous voyons bien qu’il y a des situations et des intérêts différents dans divers États membres. Nous ne pouvons donc pas dire à certaines parties qu’elles sont de bons partenaires, et dire à d’autres qu’elles sont de mauvais partenaires.

Dans des pays du Sud comme Malte, Chypre et la Croatie, les opérateurs de téléphonie mobile doivent effectuer des investissements substantiels en vue d’offrir leurs services aux touristes durant les trois mois d’été. Cela signifie qu’ils ne sont pas en mesure de constituer des bénéfices durant le reste de l’année. Par conséquent, nous devons tenir compte de divers paramètres, au moment de prendre une décision définitive.

Pensez-vous que les compagnies américaines ont éclipsé les entreprises européennes de Fintech ?
Parlant des compagnies de Fintech, je dois dire que l’environnement dans certains domaines est encore meilleur en Europe qu’aux États-Unis.
Cependant, dans l’UE, la fragmentation est un vrai casse-tête. Au lieu d’avoir un marché unique numérique avec une seule réglementation, nous avons 28 marchés relativement petits avec 28 réglementations différentes.
Néanmoins, en parlant du secteur des technologies financières, nous avons déjà dans l’UE un marché unique pour de nombreux services. À titre d’exemple, pour TransferWise, qui traite de change, l’environnement est bien meilleur dans l’UE qu’aux États-Unis, où ils ont 51 différentes réglementations. Cela dépend en fait de nombreux facteurs. Mais les compagnies qui offrent ces services sont en définitive américaines.
Nous avons de nombreux bons exemples de compagnies venant de l’UE. J’ai déjà mentionné TransferWise qui traite de change, puis nous avons une compagnie pionnière qui traite de paiements par téléphonie mobile. Vous pouvez trouver en Europe de nombreuses solutions réellement innovantes.
Dans le domaine des services bancaires mobiles et sur Internet, dans l’UE, 96 % des gens utilisent les systèmes bancaires sur Internet, sans être concernés par les chéquiers et les agences bancaires. Les services bancaires sur Internet sont bien plus efficaces, et vraiment pratiques pour les gens en Europe. Ce domaine est très bien développé dans l’UE, mais cela diverge selon les différents États membres.

Quel sera l’impact du Brexit sur votre orientation vers le marché unique numérique ?
Il est très difficile de le dire en ce moment. Cependant, comme nous le savons tous, le Royaume-Uni était l’un des plus fervents partisans de la création du marché unique numérique en Europe. C’était un soutien ferme, qui avait toujours défendu les valeurs libérales et l’orientation vers ce marché.
Nous avons donc pratiquement perdu notre plus ardent défenseur.

Mais de toute façon, il faudra un marché unique numérique pour les 27 États membres, et il est trop tôt pour dire quel genre de relations ces pays auront avec le Royaume-Uni.
À Davos, le Premier ministre Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni était un bon ami et un voisin de l’UE. C’est donc là un message positif. J’espère qu’à l’avenir nous maintiendrons de pareilles relations pragmatiques entre les 27 pays membres de l’UE et le Royaume-Uni. Selon moi, préserver ces bonnes relations numériques est vraiment essentiel. Il importe peu qu’un pays soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE, mais les bonnes relations seront nécessaires dans les deux cas.