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L’ouverture succède à la méfiance

Editor de Oct 13, 2015 - 04:20 dans Economie

Il aura fallu douze ans de crise sur le nucléaire, près de deux ans de négociations ponctuées de rencontres pour que s’ouvre une nouvelle ère des relations internationales.

Ala fin du mois d’octobre, le président iranien, Hassan Rohani, devrait effectuer une visite officielle en France, faisant suite à une invitation du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, lors de sa visite à Téhéran, à la fin de juillet dernier. Dans ce cadre, une délégation économique et commerciale française, accompagnée du ministre de l’Agriculture et d’un secrétaire d’État aux Affaires étrangères, s’est rendue à Téhéran en septembre dernier pour concrétiser la nouvelle ambiance dans les relations bilatérales. Comment ces « deux grands pays indépendants », selon l’expression de Laurent Fabius, sont-ils parvenus à ce stade de normalisation ?

Le chemin n’a pas été sans épines depuis douze ans de quasi-rupture. Tout devenait possible depuis la signature de l’accord nucléaire. Mais la suite de l’évolution du processus dépend d’autres facteurs et d’une volonté politique des deux parties…

Le 14 juillet 2015, la fumée blanche est enfin sortie du palais Godenberg en plein centre de Vienne, lors de l’annonce de l’accord conclu entre l’Iran et le groupe P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sé- curité de l’Organisation des nations unies plus l’Allemagne). Après douze ans de crise sur le nucléaire, près de deux ans de négociations intenses ponctuées d’un nombre record de rencontres bilatérales et multilatérales s’ouvre une nouvelle ère des relations internationales.

L’accord est non seulement « historique » pour l’avenir du système de régulation de la nonprolifération et du désarmement – au regard du Traité de nonprolifération (TNP), depuis son entrée en vigueur en 1970 –, il l’est aussi car il confirme l’Iran comme une puissance régionale, globale, tant sur le plan straté- gique qu’économique. À première vue, la France se classe parmi les perdants d’un accord « gagnant/gagnant » pour d’autres à cause de sa position ferme et intransigeante durant les négociations.

Mais, l’accord de Vienne comble «théoriquement» la France qui s’est montrée rigoureuse dans ses exigences envers l’Iran et pouvait craindre d’endosser la responsabilité d’un éventuel échec. Or, elle peut se targuer d’avoir pesé fortement en faveur d’un accord robuste répondant à l’impératif de la sécurité internationale et d’avoir atteint pleinement cet objectif. Un succès majeur. Cependant, l’accord sur le programme nucléaire iranien constitue un succès majeur de la diplomatie américaine, mais on aurait tort de négliger le cas de la Russie, de la Chine, ou de la touche de la Grande-Bretagne (notamment le rôle de la Britannique Catherine Ashton, ex-ministre européenne des Affaires étrangères) qui ont pris une part active dans la réussite de la négociation.

On ne peut pas non plus nier la contribution allemande ou la contribution omanaise (sur le plan bilatéral entre Washington et Téhéran). Malgré la «dure» position de l’Hexagone au cours des deux dernières années de négociations, une source diplomatique française tient à rappeler que l’idée d’un rè- glement pacifique de la question nucléaire iranienne a été le produit d’une initiative du ministère fran- çais des Affaires étrangères. En 2003, à l’époque de Dominique de Villepin, et en 2005, lorsque l’actuel président iranien et l’ancien haut négociateur iranien à l’époque ont failli parvenir à un accord sur le nucléaire iranien. Accord poussé par l’ex-président Jacques Chirac et saboté à la fois par l’ayatollah Khamenei et le président Bush Junior.

Ainsi, au-delà des aléas de l’histoire mouvementée du Golfe et du Moyen-Orient et du positionnement des uns et des autres, la France prend acte actuellement du fait iranien et du poids de l’ancienne Perse dans les équilibres régionaux. Certes, il est indéniable que la position géostratégique de l’Iran est un facteur clé de la sécurité régionale et que le poids de l’Iran s’accentue par ses richesses énergétiques et son héritage culturel. Mais il n’est pas question de remplacer les partenaires habituels (Émirats arabes unis, Arabie Saoudite, Qatar et Koweït) par l’Iran.

À Paris, on considère dorénavant Téhéran comme un pilier potentiel dans le Golfe et le Moyen-Orient pour équilibrer les liens et mieux combattre le terrorisme. Outre les possibles arrangements politiques et sécuritaires, l’aspect mercantile n’est pas absent de calculs français. Certaines sociétés françaises qui n’ont jamais déserté Téhé- ran aux moments difficiles, en particulier Total, Thales et Peugeot, pourraient tirer les premiers dividendes d’une normalisation recherchée. À moyen terme, pour aborder les conflits régionaux, Paris espère voir triompher la ligne de modération à Téhéran afin de « travailler ensemble dans la quête de solutions en Syrie ou au Liban ».