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L’Algérie renoue avec l’Afrique

Mourad Saouli de Jan 5, 2017 - 10:27 dans Economie

L’Algérie veut réintégrer le giron africain à travers un partenariat axé sur les affaires. Un pari difficile à tenir alors que le continent est convoité par les grandes puissances économiques.

La dimension africaine de l’Algérie est gravée dans le marbre depuis les années 1960, lorsque de nombreux pays africains ont adopté le modèle algérien dans leur lutte anticoloniale.
Une fois son indépendance acquise, l’Algérie a offert asile et moyens de subsistance à une trentaine de mouvements de libération dans le monde, notamment aux principales formations africaines : le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), le Front de libération du Mozambique (Frelimo), la South-West African People’s Organisation (Swapo) de Namibie, l’African National Congress (ANC) d’Afrique du Sud et la Zimbabwe African People’s Union (Zapu) du Zimbabwe.
En plus de l’aide financière et matérielle qu’ils recevaient, ces pays ont bénéficié d’un appui sans réserve de la diplomatie algérienne. En effet, l’Algérie pèsera de tout son poids sur les instances internationales pour soutenir leur droit à l’indépendance.
Le 25 mai 1963, soit moins d’un an après avoir recouvré sa liberté, l’Algérie figurera parmi la trentaine de signataires de l’acte de naissance de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) – devenue Union africaine depuis 2002 – fondée sur la base de l’éradication du colonialisme et de la lutte contre la discrimination raciale.
Des principes en parfaite adéquation avec la politique panafricaine prônée et assumée par l’Algérie à l’époque. C’est donc tout naturellement qu’elle a endossé le rôle de leadership africain au point où sa capitale fut baptisée « Mecque des révolutionnaires » par Amilcar Cabral, héros de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Un qualificatif qui fera date.
Ainsi, l’Algérie a participé activement à l’indépendance de pays comme l’Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, le Zimbabwe ou encore Sao Tomé et Principe. Elle a également contribué à la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et en Namibie.

Un rôle de médiateur. Même après leur indépendance, ces pays ont continué à recevoir diverses aides : appui diplomatique, aides financières, formation de cadres militaires et d’élites dans les écoles et universités algériennes. Dans un autre registre, l’Algérie a joué avec succès un rôle de médiateur dans différents conflits interafricains. Un engagement salué à chaque fois par la communauté internationale.
Alors que les relations culturelles et politiques entre l’Algérie et l’Afrique ont atteint un niveau d’excellence, les échanges commerciaux ont oscillé entre 1 et 2 % du volume global aussi bien des importations que des exportations.
Ce paradoxe s’explique par la structure même de l’économie algérienne de l’époque dominée par les monopoles d’État, lesquels ne favorisaient pas l’investissement à l’étranger, à l’exception de quelques sociétés d’économie mixte à l’impact modeste.
Les réformes économiques engagées à la fin des années 1980 auraient pu donner une nouvelle impulsion aux échanges économiques et aux investissements. Malheureusement, elles ont été lancées au moment où l’Algérie était fortement endettée et en quasi-banqueroute. De son côté, le secteur privé n’avait pas l’expérience suffisante pour se déployer à l’international par ses moyens propres et pêchait par la faiblesse et la qualité de sa production.
C’est à la même période que le pays va connaître une période de terrorisme d’une rare violence, communément appelée la « décennie noire », qui va finir par hypothéquer toute velléité de développement. Meurtrie, prise dans l’étau du Fonds monétaire international (FMI) et abandonnée par la quasi-totalité de ses partenaires, l’Algérie finira pas se replier sur elle-même.
Dès sa prise de fonction en 1999, le président Bouteflika va initier une politique de réconciliation, dite de « concorde civile », qui sortira progressivement le pays de la spirale terroriste. Dans le même temps, et grâce à une hausse exceptionnelle du prix du baril, l’Algérie va payer sa dette par anticipation, reconstituer ses réserves de change et lancer un vaste chantier de reconstruction.
C’est ainsi que des milliards de dollars ont été consacrés au financement de nouvelles infrastructures : métro, tramways, lignes de chemin de fer, barrages, aéroports et bien autres projets structurants.
L’autre défi pour le président algérien consistait à sortir l’Algérie de son isolement. L’occasion ne tarda pas à se présenter avec la tenue à Alger du 35e sommet de l’OUA, organisé à Alger en juillet 1999 avec la participation d’une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement. Le succès de cette rencontre, rehaussée par la présence du secrétaire général de l’ONU et par la qualité des décisions adoptées, signera le grand retour de l’Algérie sur la scène continentale.
L’un des grands thèmes traités au cours du sommet concernait les retombées de la mondialisation sur le continent africain et de la nécessité d’étendre l’annulation de la dette aux pays à revenus intermédiaires. Dès qu’elle en a eu les moyens, l’Algérie a montré l’exemple en renouant avec le principe de solidarité qui a toujours guidé sa politique africaine.
En 2012, elle annule une dette de 3 milliards de dollars due par dix pays africains. Elle récidive l’année suivante, à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de la création de l’OUA en abandonnant 902 millions de dollars de créances qu’elle détenait sur quatorze pays : Bénin, Burkina Faso, Congo, Éthiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Mali, Mozambique, Niger, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Seychelles et Tanzanie.

Marchés très prometteurs. Minée par la crise pétrolière qui se traduit depuis deux ans par une baisse significative de ses recettes en devises, l’Algérie tente de diversifier son économie et de booster ses exportations hors hydrocarbures. Son intérêt se porte en priorité sur les marchés africains très prometteurs en matière d’opportunités et d’ouverture. Depuis plusieurs mois, elle multiplie les rencontres pour identifier les créneaux commerciaux et trouver des solutions aux obstacles que pourraient rencontrer ses entreprises.
Parallèlement, elle étudie la possibilité de négocier des accords de partenariat avec les deux grands blocs commerciaux : la Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) et la Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest).
Face à l’urgence, l’Algérie décide de passer rapidement à la vitesse supérieure. C’est dans cette perspective qu’elle a convié les principaux acteurs économiques du continent à participer au Forum africain d’investissement et d’affaires – premier du genre – qui se tiendra du 3 au 5 décembre au Centre international de Conférences (CIC) d’Alger, récemment inauguré.
Au-delà de la volonté d’augmenter le volume des échanges entre pays africains, cet événement ambitionne de promouvoir un partenariat gagnant/gagnant où le concept de codéveloppement prendrait tout son sens. Parmi les thématiques débattues, il sera question de sécurité énergétique, d’électrification, de sécurité alimentaire et du numérique entre autres.

2 500 chefs d’entreprises. L’Algérie compte profiter de la présence de quelque 2 500 chefs d’entreprises, pour mettre en avant son savoir-faire dans des domaines aussi variés que l’agroalimentaire, la pharmacie, l’énergie, la transformation minière, les matériaux de construction ou encore l’électronique. Parallèlement aux workshops qui traiteront des principales thématiques, les fabricants algériens auront l’opportunité d’exposer leurs produits dans un espace dédié.
Pour soutenir et accompagner les porteurs de projets tentés par l’aventure africaine, l’Algérie compte déployer en Afrique ses réseaux bancaire et aérien, finaliser la route transsaharienne Alger-Lagos, avancer les projets de gazoduc Nigeria-Algérie ainsi que celui du câble de fibre optique Alger-Abuja et aménager deux zones franches reliées entre elles par le tronçon déjà existant de la transsaharienne ou route de l’Unité africaine. La première sera installée au niveau du futur port de Cherchell (100 km à l’ouest d’Alger) et l’autre à l’extrême sud du pays, au niveau de la ville de Tamanrasset (2 000 km au sud d’Alger) qui dispose également d’un aéroport international doté de deux pistes longues de 3 100 et 3 600 mètres.
Ces infrastructures, dont l’achèvement devrait prendre plusieurs années, pour certaines, constitueront à terme un véritable avantage pour l’Algérie. Sa position géographique, sa façade méditerranéenne longue de 1 200 km et son réseau routier la désignent incontestablement comme une plate-forme économique incontournable entre l’Afrique et l’Europe.
Le rendez-vous d’Alger pourrait en effet constituer une rampe de lancement pour les entreprises algériennes, mais la concurrence sera des plus rudes. D’une part, l’Afrique est convoitée autant par les grandes puissances que par les pays émergents qui ont déjà planté leur drapeau aux quatre coins du continent. D’autre part, l’Afrique compte de nombreuses entreprises innovantes dont certaines, reconnues sur le plan mondial, ambitionnent d’étendre leurs activités à tout le continent.
Le capital sympathie dont jouit l’Algérie et le potentiel dont elle dispose sont certes importants mais insuffisants pour conquérir le marché africain. Pour y réussir, il faut des investissements pérennes comme il est indispensable de nouer des partenariats intelligents et durables dans un esprit gagnant/gagnant.