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La classe moyenne dans l’œil du cyclone

Editor de Fév 3, 2014 - 13:04 dans Economie

Loi de finances. Ce qui a fait dire à l’un des responsables de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la centrale patronale historique, que « 10% des revenus de la classe moyenne pourraient se volatiliser une fois les mesures fiscales prévues dans le cadre du projet de la loi de finances 2014 entrées en vigueur ». À plus long terme, la classe moyenne pourrait pâtir autant, sinon plus, de la réforme de la Caisse générale de compensation (CGC).

Créé dans les années 1970, ce mécanisme qui maintient – par le biais de subventions – les produits de base à la portée de Tunisiens qui ne pourraient pas y accéder sans cela est aujourd’hui dans le collimateur des bailleurs de fonds internationaux et plus particulièrement de la Banque mondiale (BM) qui veut en rationaliser l’intervention en ciblant mieux les catégories les plus pauvres.

À l’appui des ses thèses, la BM a récemment fort opportunément produit deux documents : un rapport intitulé « Inclusion et résistance aux chocs, perspectives pour l’assistance sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » et un sondage commandé à l’institut Gallup, mené dans quatre pays de la région (Tunisie, Égypte, Jordanie et Liban) concernés par cette problématique.

Le rapport souligne que « le moment est venu » pour une réforme des Programmes d’assistance sociale (PAS), lesquels coûtent à chacun de ces pays en moyenne 5,7 % de son produit intérieur brut, contre 1,3 % ailleurs.

Le sondage met quant à lui en exergue – une façon peut-être de minimiser les risques et d’encourager les gouvernements à sauter le pas – le fait que les populations des quatre pays ne sont pas totalement et absolument opposées à l’arrêt des subventions de certains produits, qu’elles préféreraient simplement que cette mesure soit appliquée au tabac plutôt qu’aux produits alimentaires, et qu’une partie des économies réalisées soit redistribuée aux plus pauvres tandis que l’autre servira à améliorer les services sociaux.

Budget. Pour le gouvernement tunisien, en tout cas, il ne fait pas de doute que, selon le mot d’Elyès Fakhfakh, ministre des Finances, « le moment est venu d’arrêter la spirale de la hausse » du budget de l’État qui a fait un bond de 55 % en trois ans. Et « la hausse s’est produite à 80% au niveau du budget de fonctionnement, les salaires ayant progressé de 50% et les subventions de 300% », se plaint le ministre. En 2014, donc, le budget de fonctionnement n’augmentera que de 2,3 %, essentiellement en comprimant les subventions.

Le gouvernement de la Troïka (Ennahda, Front démocratique pour les libertés et le travail et Congrès pour la république) a pensé un moment – au début, lorsque Hamadi Jebali était aux commandes (décembre 2011-mars 2013) – mettre le dossier sur la table, mais a fini par y surseoir. Jugeant que l’ouverture d’un dossier aussi délicat que celui des subventions des produits de base, dans un moment aussi difficile que celui que la Tunisie vit actuellement, pouvait compliquer davantage les choses.

Mais la dégradation de la situation politique, et par voie de conséquence de l’économie, a contraint le gouvernement à emprunter pour boucher les trous du budget. Et, partant, à céder aux pressions des bailleurs de fonds internationaux qui exigent le lancement immédiat des grandes réformes, dont celle de la CGC. Mais ce faisant, le gouvernement a en quelque sorte coupé la poire en deux : il a certes entamé le démantèlement du système de subvention, mais il a choisi de commencer non pas par les produits alimentaires et les ménages – jugés intouchables dans le contexte actuel –, mais par les hydrocarbures et les entreprises en particulier.

Les secteurs les plus énergivores seront les premiers à se voir privés de subventions – en deux temps, en 2013 et en 2014 – et à subir de ce fait les effets de la libération des prix. En tête de liste se trouvent les cimentiers, suivis des industriels des matériaux de construction.

Même si l’heure de la vérité des prix pour les ménages est reportée à plus tard, Nader ben Cheikh en craint déjà l’impact pour la classe moyenne, la BM et le gouvernement étant soucieux surtout de limiter la casse pour les couches les plus défavorisées.