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Interview Multiplier les partenariats

Hakima Kernane - dcembre 12, 2016 - 09:02 - Economie

Pour Vincent Reina, président de la Chambre de commerce franco-arabe, le CCG s’impose sur la scène internationale comme un acteur majeur, d’un point de vue économique et politique.

Quels sont les indicateurs majeurs qui caractérisent le développement socio-économique rapide des pays du Conseil de coopération du Golfe [CCG] ces dernières années ?

Elément fondamental, la stabilité des pays du Golfe qui conditionne en grande partie les équilibres du monde et de nos sociétés reste d’actualité et le CCG est d’ailleurs en train de s’imposer sur la scène internationale comme un acteur majeur, à la fois d’un point de vue économique et politique.
Le changement de stratégie de croissance en cours est un autre indicateur majeur : on passe d’un modèle de « pays consommateurs », dans le sens où ces pays importaient essentiellement des produits finis, à un modèle basé sur la production ou la transformation de marchandises moyen/haut de gamme sur place.
J’ajoute l’atout indéniable du facteur démographique : la population, très jeune et très urbanisée, croît de plus de 2 % par an. Ce marché, aujourd’hui estimé à 46 millions de consommateurs, pourrait atteindre 57 millions d’individus en 2025, ouvrant ainsi de grandes opportunités pour nos entreprises. Enfin, l’amélioration de la formation locale devient une réalité grâce, par exemple, à l’implantation d’excellents organismes de formation tels la Sorbonne à Abou Dhabi ou HEC Paris à Doha.

Les pays du Golfe, un des marchés des plus dynamiques au monde, représentent de grandes opportunités pour le développement des entreprises françaises à l’international. Quelles sont les actions à mener pour faire fructifier les partenariats français avec le CCG ?
Faciliter le développement à l’exportation de nos grands groupes mais aussi de nos PME est la mission essentielle de la Chambre de commerce franco-arabe, mais elle ne le fera pas seule : sous mon impulsion, je souhaite multiplier les partenariats, regrouper les forces et travailler en étroite synergie avec nos partenaires tels Business France, les Chambres de commerces françaises comme la French business Council de Dubaï, CCI International, le Medef, le concours incontournable du ministère des Affaires étrangères et de Bercy et, bien sûr, les Chambres de commerce arabes qui sont nos partenaires naturels. Ne pas se faire une concurrence inutile, mais au contraire mutualiser les talents, c’est cela ma vision de l’équipe de France de l’export !

Les pays du CCG réinvestissent la manne financière des hydrocarbures dans la diversification économique. Quels sont, selon vous, les secteurs les plus attractifs à court et moyen termes ?
En effet, pour pérenniser la croissance dans une optique de l’après-pétrole et pour les générations futures, les dirigeants du Golfe ont intégré la nécessité de viser à long terme. La stratégie est fondée sur la diversification économique. Je peux égrener la longue liste des secteurs en pointe : économie numérique, santé, développement durable, protection de l’environnement, luxe et cosmétiques, tourisme, infrastructures portuaires et aéroportuaires, industrie manufacturière, logistique, pêche, aquaculture… Les besoins sont immenses.
Comment ne pas citer Dubaï et l’exposition universelle de 2020, avec son lot de projets considérables et 25 millions de visiteurs attendus ! J’ajoute que l’Arabie Saoudite a annoncé un vaste plan de diversification de son économie, visant à créer 450 000 emplois en quatre ans. Dans le cadre du projet Vision 2030, les dirigeants saoudiens ont fait part de leur intention de vendre 5 % d’Aramco, la compagnie de pétrole, pour se doter d’un fonds souverain de 2 000 milliards de dollars, qui en ferait le plus grand de la planète. Il faut saisir cette chance.

Lors de l’ouverture du 3e Forum économique France-Pays du Golfe, vous avez souligné que les entreprises françaises implantées dans cette région font face à une rude concurrence. Comment pourront-elles se démarquer de la concurrence ?
La concurrence est en effet rude et agressive, européenne mais aussi asiatique. C’est pourquoi une nouvelle façon d’aborder ces marchés s’impose : le CCG dispose d’un important secteur privé et d’hommes d’affaires aguerris et exigeants, ouverts sur le monde extérieur et très informés. Aux Français d’être présents et à la hauteur de ces défis. Les obstacles sont nombreux : avoir le meilleur produit, le meilleur service, ne suffit pas toujours. Il faut aussi connaître les spécificités des marchés que l’on veut investir, identifier des partenaires fiables, déjouer les pièges réglementaires et fiscaux, mais aussi intégrer les risques, notamment sécuritaires, et proposer une offre complète fondée sur un financement adapté. Bref, il faut s’engager dans un parcours de combattants.

Quels sont les secteurs pour lesquels le savoir-faire français dispose d’une valeur ajoutée ?

Les entreprises françaises prennent toute leur part au développement en cours dans les pays du Golfe : elles sont déjà présentes mais peuvent faire davantage.
Les programmes d’investissements à horizon 2030 ou 2040 des pays du CCG correspondent aux domaines d’excellence des entreprises françaises : ça tombe bien ! Énergie, services, santé, transports, agroalimentaire et environnement, l’offre et la demande doivent pouvoir se rencontrer. Dans le domaine de l’eau, par exemple, nous avons des leaders mondiaux incontestés, je pense à notre savoir-faire en matière de dessalement de l’eau de mer, atout considérable dans cette zone du monde confrontée au stress hydrique. Je peux ajouter le talent de nos entreprises de transports. Ce qu’il faut retenir, c’est que les différents marchés du Golfe sont tout à fait accessibles aux PME françaises. À nous de nous mobiliser et d’être les meilleurs.