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Egypte – Investissements consolidés

Editor de Fév 12, 2013 - 10:50 dans Economie

L’évolution critique de la situation politique en Égypte ne semble pas remettre en cause l’intérêt que lui portent les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers.

Par Pierre Fauchart, Le Caire

Les événements politico-économiques et la mauvaise gestion des affaires du pays depuis l’arrivée, il y a quelques mois, du président Mohamed Morsi, représentant des Frères musulmans, n’ont pas empêché les investisseurs étrangers, aussi bien arabes qu’occidentaux et même locaux, de s’intéresser au marché égyptien et à ses opportunités.

Pour preuve, des délégations des patrons des grands groupes et leurs représentants déferlent sur le Caire pour négocier, avec les institutionnels et les grands du secteur privé, les modalités de prise des parts ou la création de joint venture. L’importance des potentialités de l’économie égyptienne incite les investisseurs à anticiper, sans tenir compte de ce qui se passe sur la Place Tahrir ou devant le palais présidentiel où des manifestations ont lieu quasi quotidiennement contre le pouvoir en place.

Les investisseurs misent sur l’avenir économique de l’Égypte qui ne serait guère, selon les analystes financiers (notamment des banques d’affaires occidentales), dépendant du système politique, mais plutôt des occasions offertes et des lois régissant la garantie de leurs capitaux.

Dans ce contexte, rappelons que l’Égypte a toujours respecté ce volet depuis l’application de l’ouverture de son économie dès les années 1980, et que le pays commençait alors à attirer les flux d’investissement de toutes origines.

Les Investissements directs étrangers (IDE) ont refait leur apparition très rapidement après la révolution qui a fini par destituer le régime de l’ancien président Hosni Moubarak. La chute de la Bourse du Caire et de la livre égyptienne n’a pas dissuadé les investisseurs. La réticence provisoire enregistrée sur « l’annonce constitutionnelle » n’a pas eu de répercussion directe sur la concrétisation de certains projets mixtes dans différents domaines.

Ce qui prouve bien que les investisseurs sont confiants dans l’avenir de leurs placements en Égypte. Dans ce cadre, il y a lieu de noter que les agences de notation internationales n’ont pas baissé la note de la finance et de l’économie égyptienne. En effet, depuis le début de septembre dernier, et malgré les confrontations de rue entre le pouvoir et l’opposition, ces agences, notamment Standard & Poor’s et Moody’s, affirment que l’Égypte n’est plus sous contrôle. Elles se basent dans leur analyse sur le fait qu’un compromis devrait être trouvé finalement pour éviter au pays de tomber dans le chaos.

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Les agences sont conscientes que l’armée interviendra afin d’instaurer l’équilibre indispensable pour sauver le pays et son économie. Ce que confirment les patrons des grands groupes américains – qui augmentent graduellement leurs investissements depuis juin dernier –, ainsi que la visite d’une forte délégation de plus de quarante d’entre eux et leurs discussions avec les représentants de l’establishment égyptien, militaires et banquiers inclus.

Ce qui intéresse toujours les investisseurs étrangers dans l’économie égyptienne, ce sont les points forts qui la caractérisent, selon le programme Invest in Med de l’Observatoire Anima-Mipo, spécialisé dans les investissements et partenariats en Méditerranée. Les experts de cet organisme estiment que la baisse des IDE – de 8,1 milliards de dollars en 2010 à 6,8 milliards en 2011 – ne peut pas être prise comme référence.

Car les investisseurs sont toujours présents alors qu’une nouvelle vague vient se positionner. Cette dernière provient notamment des pays du Golfe qui, d’une part, évitent les marchés européens frappés de plein fouet par les effets de la récession qui a tendance à perdurer ; et qui, d’autre part, anticipent sur les opportunités offertes par les secteurs prometteurs de l’économie égyptienne, laquelle ouvre ses portes aux IDE.

Dans ce contexte, rappelons la déclaration récente du ministre turc du Commerce extérieur qui avait accompagné en Égypte son Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et sa rencontre avec le président Morsi. Ce responsable turc a tenu, lors d’une conférence de presse tenue au Caire, à préciser que les investissements turcs en Égypte, à travers 205 entreprises, s’élèvent à 2 milliards de dollars, et créent environ 50 000 emplois.

En dépit du flou politique régnant, les économistes égyptiens estiment que la conjoncture demeure propice à la poursuite de ces investissements. De nombreuses voix en Égypte ont exprimé leur volonté d’accompagner le changement de société en mettant en place une croissance soutenue et partagée.

Toutes les parties s’engagent, chacune de son côté et à sa manière, à participer à l’attrait des IDE. Car, malgré leurs fortes divergences politiques et même au niveau de la gestion de l’économie, ils sont presque tous d’accord sur la nécessité de déployer les efforts adéquats pour multiplier les investissements étrangers et locaux afin de surmonter les difficultés socio-économiques et financières qui constituent le véritable danger pour le pays.

En effet, depuis son arrivée aux commandes, le président Morsi a effectué neuf déplacements à l’étranger. Il a été accompagné d’un nombre significatif d’hommes d’affaires, de banquiers, de présidents des groupes représentant les différents secteurs clés de l’économie égyptienne, du gouverneur de la Banque centrale et du président de la Bourse du Caire.

Mohamed Morsi avait dans ses valises des dizaines de projets à proposer à ses interlocuteurs dans les pays visités. Le chef d’État égyptien a, dans sa tournée, visité l’Arabie Saoudite, la Chine, l’Italie, la France, le Qatar, les Émirats arabes unis (EAU) et d’autres.

Le 7 octobre dernier, il a déclaré que le Caire avait conclu 17 accords internationaux pour un montant de 20 milliards de dollars au cours des trois mois qui ont suivi son arrivée au pouvoir. Au cours de ces déplacements à l’étranger, il a indiqué : « nous avons attiré cette somme d’IDE en vue du développement de certaines entreprises égyptiennes ». Déclaration faite à l’occasion des commémorations du 39e anniversaire de la guerre arabo-israélienne de 1973.

Les investisseurs arabes montrent davantage d’intérêt, ces derniers temps, pour « envahir » le marché égyptien. À titre d’exemple, le ministre émirien de l’Agriculture a fait état d’une poussée considérable des investissements agricoles de son pays pendant la phase à venir. Il a évoqué les investissements injectés en Égypte, notamment en matière de bonification des terrains et de production animale.

Les EAU sont jusqu’à présent le plus grand investisseur arabe et international dans le domaine agricole en Égypte, le volume de ces investissements ayant dépassé 4 milliards de dirhams. De son côté, son homologue égyptien souligne que son pays, après la révolution, invite les investisseurs des EAU en particulier, et des pays arabes en général, à investir massivement dans le secteur agricole, industriel, touristique et immobilier.

Le Qatar accorde également une importance particulière au marché égyptien. Le rapprochement de cet émirat du Golfe avec le pouvoir des Frères musulmans en Égypte renforce cette coopération économique et financière. Les visites de l’émir, Cheikh Khalifa ben Hamad al-Thani, et de son Premier ministre, patron de Qatar Investment Authority (QIA), bras séculier de l’investissement de l’émirat à l’étranger au Caire, sont l’indice tangible de cette réalité. À titre d’exemple, la banque d’investissement du Qatar, QInvest, a signé, au début de novembre dernier, avec Citadel Capital, le fonds d’investissement égyptien, une coentreprise (respectivement 51 % et 49 %). Le projet prévoit notamment la construction d’une usine de stockage et de regazéfication. Une nouvelle joint venture qui possède déjà une licence économique d’importation devrait être opérationnelle à l’été prochain, avec le feu vert des autorités.

Pour sa part, Ahmed Heikal, le président de Citadel Capital, a indiqué à Arabies que la nouvelle structure aura la capacité de fournir 10 % de la consommation égyptienne. Ce nouvel investissement qatari dans le domaine de l’énergie intervient après que Qatar Petroleum International a acquis, pour 862 millions de dollars, 27,9 % d’un projet de raffinerie de Citadel (d’un montant de 3,7 milliards de dollars).

Dans la banque, depuis mai 2012, QInvest est déjà actionnaire à 60 % d’une joint venture à destination d’investissements bancaires, et a déjà montré son intérêt pour acquérir 77,17 % de NSBG, la filiale égyptienne de la banque Société générale. Le Qatar va également investir 18 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Ce montant devrait financer des projets touristiques et un complexe industriel à l’embouchure méditerranéenne du Canal de Suez. Le Qatar s’était engagé à verser encore 2 milliards de dollars d’IDE à la Banque centrale égyptienne avant la fin de l’année 2012.

Quant à l’Arabie Saoudite, les investissements réalisés par le royaume atteignent déjà plus de 7,2 milliards de dollars, et les échanges commerciaux ont atteint 4,75 milliards de dollars. D’autres investissements sont programmés au cours de l’année 2013.

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