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Des initiatives constructives !

Editor de Déc 12, 2013 - 18:12 dans Economie

Des initiatives constructives !

Malgré de grands projets et un budget gouvernemental de 76 milliards de dollars, le secteur de la construction du Royaume peine à atteindre la croissance espérée.

Par Alex Malouf, Riyad

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Officiellement, selon des rapports locaux, au moins 124 000 travailleurs ont quitté le pays entre avril et juin 2013

La liste de constructions à réaliser en Arabie Saoudite pourrait être enviée par n’importe quel pays de la région. Le Royaume construit de nouvelles cités économiques à Rabigh et Jazan, d’importants réseaux et centres de transports à Djeddah, La Mecque, Médine et Riyad, ainsi que de nombreux projets pétrochimiques géants sur les deux côtes.

Cependant, les entrepreneurs saoudiens sont confrontés à un défi sans précédent. Malgré le nombre inégalé de contrats en jeu, le pays souffre d’un manque de travailleurs expatriés. Le 1er avril dernier, le ministère du Travail a accordé aux travailleurs étrangers une amnistie de trois mois. Le but était que la période de grâce permette aux travailleurs sans papiers, estimés entre deux et trois millions, d’avoir l’opportunité de régulariser leur situation d’emploi ou de quitter le pays sans payer d’amende.

Dans leur tentative de réformer le marché du travail, et de donner des emplois à plus de Saoudiens dans le secteur privé, les autorités saoudiennes ont menacé de sévir contre les travailleurs illégaux, après l’expiration de l’amnistie. Cette dernière a entraîné un exode de travailleurs à bas salaires. Officiellement, selon des rapports locaux, au moins 124 000 travailleurs ont quitté le pays entre avril et juin 2013. Une fois que l’extension de l’amnistie aura expiré, en cette fin d’année, ce chiffre pourrait s’élever à un peu moins d’un million, sur les huit millions d’étrangers habitant actuellement dans le Royaume. L’économie en a déjà ressenti les effets, les médias locaux ont rapporté la disparition des ouvriers non qualifiés des villes du pays, et l’impact sur les entreprises en rapport avec les ouvriers étrangers.

Les entreprises de construction pourraient être le plus durement touchées. Le secteur, qui s’appuie presque exclusivement sur une main-d’œuvre du subcontinent asiatique, à faible coût, a déjà exercé des pressions pour effectuer un changement au niveau de Nitaqat, la nouvelle réglementation du travail en Arabie Saoudite, qui favorise l’emploi des nationaux.

Les entrepreneurs saoudiens ont noté une hausse des coûts, due aux augmentations de salaires, depuis le mois de mai dernier, après que les entreprises de construction employant des ouvriers qui n’étaient pas sous leur parrainage ont cessé le travail et arrêté leurs activités. « Il est très difficile, ces derniers temps, de trouver une compagnie offrant du travail dans le domaine de la construction », a déclaré Bander al-Twaim aux médias saoudiens.

Contrats annulés. Avant l’annonce de l’amnistie, 250 000 contrats ont été enregistrés auprès du gouvernement. Depuis, plus de 90 000 contrats, principalement ceux qui sont souscrits par de petites entreprises, ont été annulés. Pour de nombreux promoteurs, l’espoir est que le gouvernement saoudien soit à l’écoute, et prêt à leur donner le temps nécessaire pour s’adapter aux nouveaux changements. « Les entreprises de construction sont importantes, elles ont un grand nombre d’employés, et le temps alloué pourrait ne pas leur suffire pour modifier le statut de leurs employés », a précisé Fahd al-Hamadi, président du Conseil des Chambres saoudiennes du comité national de construction.

Le ralentissement de la construction accompagne habituellement les mois d’été, très chauds. En effet, les compagnies diminuent les heures de travail, en vue de réduire l’exposition de leurs travailleurs aux effets de la chaleur. Cette situation s’est aggravée avec les entrepreneurs transférant des employés vers d’autres entreprises ou des emplois différents, loin des chantiers, selon le vice-président du comité des entrepreneurs à la chambre de commerce et d’industrie de Djeddah.

« Plusieurs grands projets ont été touchés, projets qui avaient compté sur les petites compagnies pour l’emploi », a déclaré Raed al-Aqeeli en juillet dernier, alors qu’il expliquait la raison pour laquelle plus d’un tiers des projets de construction en Arabie Saoudite ont été suspendus ou annulés. « Les entreprises de construction ont été affectées par le départ des travailleurs. Le problème pourrait s’aggraver, particulièrement après la fin de la période de grâce. Les entreprises doivent chercher à engager des ouvriers professionnels, même si cela revient à les engager temporairement à travers des agences d’emploi. »

Retards et paperasseries. Le nombre important de travailleurs étrangers employés dans le secteur s’ajoute encore aux difficultés du domaine de la construction. Plus de 58 % de tous les visas de travail délivrés en 2012 – soit environ 900 000 – l’étaient pour des entreprises de construction.

L’amnistie ainsi que les récentes campagnes de saoudisation ont entraîné un retard et une accumulation de paperasserie, qui affectent actuellement 450 000 travailleurs du bâtiment. « Nous ne voyons toujours pas l’appareil gouvernemental se préparer à recevoir et à trier le grand nombre de paperasseries et de formalités », a déclaré Al-Aqeeli aux médias cet été.

« Le laps de temps n’est pas suffisant, sachant que le secteur reposait entièrement sur les travailleurs illégaux et les travailleurs à temps partiel, de même que sur les petites entreprises. Compte tenu des circonstances, il est difficile pour les compagnies de gérer le problème du manque de travailleurs », a affirmé Raed al-Aqeeli, ajoutant que jusqu’à 80 % des projets de construction du Royaume pourraient être confrontés à des retards, dus à l’amnistie ainsi qu’aux restrictions sur l’embauche de la main-d’œuvre étrangère.

Malgré les récents problèmes dans ce domaine, la construction est toujours le moteur de la croissance du Royaume. Le secteur qui a prouvé, au cours des cinq dernières années, qu’il est un des piliers les plus rentables de l’économie nationale (99,4 % des entreprises de construction répertoriées ont affiché des profits de 2008 à 2010), est censé connaître une croissance à deux chiffres au courant de l’année 2013.

« Tous les signes confirment que le domaine de la construction est celui qui, parmi tous les secteurs, reçoit le plus grand montant des investissements », a déclaré Abdul Rahman Baeshen, président d’Al-Shorouq Center for Economic Studies (Centre Al-Shorouq pour les études économiques), à Jizan. Il s’attend à une croissance de 20 % à la fin de l’année en cours.

Croissance initiale. Cependant, d’autres rapports ont affirmé que la croissance initiale dans le secteur de la construction nationale pourrait être contrecarrée par de mauvaises performances, durant la seconde moitié de l’année.

Environ 875 milliards de dollars américains étaient investis en Arabie Saoudite, dans des projets de conception, d’appels d’offres ou de projets en phase de construction, selon des données recueillies par des chercheurs de Global Investment House. Néanmoins, le secteur de la construction en Arabie Saoudite a connu, depuis juillet 2013, un taux de croissance sensiblement plus bas, lequel est imputé à des retards dans la mise en œuvre des projets, à la suite des changements dans les lois du travail régissant les travailleurs étrangers.

Au mois d’août dernier, George Berbari, président-directeur général de DC Pro Engineering, a commenté la situation de la construction nationale, constatant une baisse de l’activité : « Les mesures correctives prises par le ministère saoudien du Travail pour légaliser la situation des ouvriers étrangers sont une initiative compréhensible, bonne et nécessaire. Toutefois, elles ont conduit à un manque de main-d’œuvre ainsi qu’à une baisse de 20 % dans le domaine de la construction. »

Alors que le manque de main-d’œuvre disponible a ralenti la croissance de la construction dans le royaume, il a stimulé la création d’un certain nombre d’initiatives visant à améliorer les règles fondamentales du secteur, et à fournir une base pour des investissements ultérieurs.

Portant le nom de son fondateur, Al-Fadl National Program, lancé en septembre dernier, se propose de fournir le moyen d’encourager les investissements dans des projets d’une valeur dépassant un billion de dollars, et de développer les compétences du royaume dans les projets et la gestion des chaînes d’approvisionnement, la technologie verte et le développement durable, ainsi que le partenariat public-privé et l’acquisition de projets.

« Les opportunités que nous examinons aujourd’hui en Arabie Saoudite sont crédibles », explique Faisal Alfadl, fondateur de fa Partners, à la tête du comité organisateur du Saudi Mega Transport and Infrastructure Projects. « Vous ne pouvez trouver ce genre d’opportunités nulle part ailleurs dans le monde. C’est la raison pour laquelle nous constatons autant d’intérêt de la part des investisseurs et fabricants étrangers, ainsi que des firmes locales. Ils viennent, voient le potentiel, et apportent ici leurs usines et leurs investissements. Actuellement, le problème avec le droit du travail est transitoire. Nous devons réglementer le travail, et c’est en passe d’être traité par le gouvernement. »

Des mesures fermes. « Cette situation est temporaire, et beaucoup de gens encore dans le secteur de la construction cherchent à s’attaquer de front à ces problèmes, en collaboration avec le ministère du Travail.

» Nous avons besoin de mesures gouvernementales fermes pour aider à résoudre cette situation, et faire en sorte que le secteur de la construction ait un avenir durable, sur le long terme. Nous nous développons, nous sommes en plein essor et nous continuerons à réussir, ajoute Alfadl. Le secteur de la construction du royaume surmontera ce problème dans le court terme, et en sortira renforcé. Il y a tellement de possibilités dans le domaine de l’infrastructure du royaume, que je ne songerais jamais à faire autre chose que la construction, dans l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui. »

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Les médias locaux ont rapporté la disparition des ouvriers non qualifiés des villes du pays, et l’impact sur les entreprises en rapport avec les ouvriers étrangers

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