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ALGÉRIE Une vision pour l’industrialisation du pays

Hakima Kernane de Juil 7, 2017 - 05:46 dans Economie

Le programme national des énergies renouvelables, intégré au nouveau modèle économique, est entré en phase de concrétisation. Focus sur un secteur prometteur…

L’Algérie, qui détient la deuxième plus grande réserve de gaz d’Afrique et la troisième en pétrole du continent, dispose des ressources naturelles lui permettant de concrétiser son plan en matière d’énergies renouvelables. 
Le programme national de développement des énergies renouvelables aspire à atteindre une production de 22 000 mégawatts d’énergie électrique renouvelable à l’horizon 2030, soit 37 % de la production globale d’électricité.
L’objectif du gouvernement, selon le ministère de tutelle,  consiste à réduire plus de 9 % de la consommation d’énergie fossile à l’horizon 2030, d’économiser 240 milliards de m3 de gaz naturel, soit 63 milliards de dollars sur vingt ans. Le rapport Rise (Regulatory Indicators for Sustainable Energy) 2016 de la Banque mondiale (BM), publié en février 2016, confirme cette orientation : l’Algérie a bien entamé son programme dans la production des énergies durables. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur la filière du solaire, du photovoltaïque et de l’éolien pour accélérer la concrétisation du programme des énergies renouvelables. 
Plus concrètement, Alger compte renforcer sa capacité de production industrielle et créer un écosystème favorable dans la production des énergies du futur. « L’avenir de l’Algérie est aux énergies renouvelables », a déclaré Noureddine Bouterfa, le ministre de l’Énergie, en marge d’une conférence organisée au sein de l’École des hautes études commerciales de Koléa (wilaya de Tipaza) sur le thème du programme national des énergies renouvelables. « Le secteur énergétique enregistre des mutations accélérées dans les technologies exploitées en matière de production d’énergie », a-t-il expliqué.
De son côté, Noureddine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) souligne : « Les programmes d’efficacité énergétique et des énergies renouvelables vont permettre, d’une part, de rationaliser la consommation d’énergie et de lutter contre le gaspillage et, d’autre part, de substituer la production d’électricité à partir des sources d’énergies alternatives propres et durables. »
Les énergies renouvelables, qui représentent des opportunités de croissance économique à l’échelle mondiale, nécessitent l’acquisition de compétences scientifiques et technologiques. Les énergies propres et durables permettent aussi la création d’emplois, l’industrialisation, le développement technologique et technique et l’acquisition de savoir-faire, la valorisation des ressources naturelles non exploitées, non toxiques et protectrices de la nature. 
Sonalgaz et General Power, filiale du groupe américain General Electric (GE) ont signé, en avril dernier, un grand contrat de partenariat de 3 milliards de dollars pour la création d’un complexe industriel à Ain Yagout, dans la wilaya de Batna. La création de la société mixte General Electric Algérie Turbines (Geat) permettra la fabrication de turbines à vapeur et d’un système de contrôle des commandes, et la production de pièces de rechanges de turbines à gaz par la filiale du groupe énergétique algérien MEI (Maintenance des équipements industriels). 

Contrat de partenariat. Cet accord a été signé par Sabri Lezhari, P-DG de Sonelgaz SPE, et Touffik Fredj, P-DG de GE Afrique du Nord-Ouest, en présence du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et du ministre de l’Énergie, Noureddine Bouterfa, des P-DG de Sonelgaz (Mustapha Guitouni), de GE Power (Steve Bolze), de GE Moyen-Orient, Afrique du Nord et Turquie (Nabil Habayeb), et de GE Power Services au Moyen-Orient et Afrique, (Joseph Anis). L’accord comprend, entre autres, des services d’opérations et de maintenance (O&M) de 10 centrales électriques à travers le pays, lesquelles généreront une capacité de production de 11 gigawatts d’électricité. « Considéré comme le plus important contrat de partenariat de l’histoire pour GE Power Services, cet accord renforcera les capacités industrielles locales et stimulera la transition industrielle numérique des centrales électriques du pays », lit-on dans le communiqué publié par le géant américain. 
Ce programme, qui intégrera un système de renforcement de l’efficacité énergétique (Advanced Gas Path), renforcera le rendement à hauteur de 420 mégawatts de puissance supplémentaire et permettra de réduire la consommation du gaz naturel utilisé. Selon la direction de GE, l’introduction de ces solutions numériques renforcera l’efficacité opérationnelle et la productivité des centrales électriques. Cette optimisation de la production permettra au pays d’économiser jusqu’à 2 milliards de dollars de gaz. 
À ce titre, l’unité de production de Geat bénéficiera aussi d’un programme de formation à ces nouvelles technologies. « L’accent sera mis sur le développement de la capacité industrielle, et sur la transition numérique des actifs des centrales électriques  qui sont des investissements à long terme pour l’avenir du pays. GE est honoré de renforcer sa collaboration avec Sonelgaz et de créer un écosystème local dynamique pour le secteur de l’énergie qui aidera à répondre aux besoins des citoyens et des différentes industries en Algérie », souligne Steve Bolze, le P-DG de GE Power. 
« La priorité absolue du gouvernement est de renforcer la production d’électricité dans le pays grâce à une infrastructure efficace, durable et productive », explique le ministre de l’Énergie. L’usine Geat fabriquera des équipements et des pièces de rechange d’une grande valeur ajoutée, permettra aussi de stimuler les exportations et créera de nouveaux emplois pour les jeunes. Selon le ministre de tutelle, l’expertise de la firme américaine dans la maîtrise des technologies industrielles numériques contribuera, via le transfert du savoir-faire, à améliorer les compétences des ressources humaines locales. 

Développement des filières. Le marché de gros de fruits et légumes d’Attatba, dans la wilaya de Tipaza, est le premier espace marchand doté d’une centrale solaire intelligente. Sur le toit de l’un des édifices, 110 panneaux photovoltaïques alimentent en énergie ce site de quatre hectares où transitent 2 000 tonnes de marchandises par jour. Une aubaine pour le développement des filières agricoles dans le pays. 
Selon Myriam Fournier Kacimi, fondatrice de l’entreprise Sungy, les panneaux ont été fournis par le groupe algérien Condor et les équipements par le groupe industriel français à dimension internationale, Schneider Electric. « Le projet de Tipaza est un projet pilote qui a été mené avec succès. Nous sommes prêts à travailler avec tous les acteurs qui croient en l’énergie solaire et qui veulent déployer ces solutions sur le territoire national », a souligné Akli Brihi, P-DG de Schneider Electric Algérie. Ce dernier considère que l’industrie solaire constitue l’un des axes de développement majeurs pour l’Algérie. 
La Société d’électricité des énergies renouvelables (STKM), filiale du groupe Sonelgaz, avait signé en 2014 avec Belectric GmbH, une société allemande spécialisée dans l’installation des systèmes photovoltaïques, un partenariat pour la réalisation de 4 centrales électriques solaires d’une capacité globale de 85,5 mégawatts. Ces dernières sont réparties dans les wilayas de Saïda (30 mégawatts), Naâma (20), El-Bayadh (23) et Sidi Bel Abbès (12). « L’Algérie, par sa situation géographique, dispose d’un gisement solaire et d’un potentiel éolien des plus importants au monde », a souligné Jochen Meyer, le directeur de Beletric, lors de l’un de ses déplacements à Alger. « L’unité de production de l’énergie solaire d’Ain Skhouna à Saïda a permis d’augmenter la capacité de production de l’énergie électrique et ramène l’offre à la hauteur de la demande, voire supérieure à cette dernière », explique Yazid Zeddouche, directeur de l’énergie de Saïda. La centrale de la wilaya, érigée sur 42 hectares, a été réalisée en onze mois et a coûté près de 480 millions de dinars. 
De leur côté, le groupe Sonatrach et la compagnie italienne Eni ont procédé au lancement de la construction d’une centrale photovoltaïque de 10 mégawatts à Bir Rebaa, dans la wilaya d’Ouargla, située dans le sud du pays. La centrale, qui entrera en production à la fin de l’année en cours, servira à l’alimentation du champ pétrolier de Bir Rebaa Nord – groupement Sonatrach-Agip, filiale d’Eni –, via le déploiement de 32 000 panneaux solaires qui seront installés sur une surface de 20 hectares.

Unité de recherche. Grâce à ce programme, les deux partenaires pourront économiser l’équivalent de 6 millions de m3 de gaz par an. Selon les initiateurs du projet, ce dernier comprend aussi la mise en œuvre d’une unité de recherche qui sera dédiée aux énergies renouvelables afin de permettre d’étendre des projets similaires à l’extrême sud du pays. 
À ce jour, le secteur a réalisé 400 MW à partir d’énergies renouvelables à travers la centrale électrique hybride de Hassi R’Mel (100 MW) et la centrale solaire pilote de Ghardaïa (1,1 MW), auxquels s’ajoutent 22 stations électriques solaires d’une capacité de 343 MW à travers 14 wilayas, dont 270 MW qui sont déjà en service. Notons que 14 centrales électriques photovoltaïques d’une capacité de 268 MW ont été mises en service en 2015 dans les hauts plateaux et le sud du pays. Ces centrales, qui ont coûté près de 70 milliards de dinars, ont permis la création de 300 emplois. 
En mars dernier, l’Algérie a lancé un appel d’offres national et international pour la construction de la plus grande centrale solaire au monde. Cette dernière aura une capacité de production et de distribution de plus de 4 000 MW d’énergie électrique renouvelable. « En vertu du cahier des charges dudit appel d’offres, les investisseurs nationaux et étrangers seront tenus de produire et d’assurer le montage local des équipements industriels de production et de distribution des énergies renouvelables, notamment les panneaux photovoltaïques », a indiqué le ministre de tutelle lors d’une séance plénière consacrée aux questions orales au Conseil de la nation. Par ailleurs, le ministre de l’Énergie a aussi souligné que ce mégaprojet permettra des retombées très positives en termes de création d’emploi, d’industrialisation, de développement technologique et d’acquisition de savoir-faire dans ce domaine. 
Lors du Forum Africa Summit Energy, organisé à Washington les 8 et 9 mars dernier, la Compagnie de l’engineering de l’électricité et du gaz (CEEG) – filiale du groupe Sonelgaz –, a présenté son mégaprojet de centrale solaire photovoltaïque de 4 050 MW. Ce dernier est considéré par les organisateurs du Forum comme l’un des plus importants programmes sur le continent africain. 

Centrales photovoltaïques. « La centrale solaire, composée de trois lots de 1 350 MW chacun, sera dotée de plusieurs usines de fabrication d’équipements et de composants de centrales solaires photovoltaïques », a expliqué Mme Ouidad Hamrour, directrice du département développement et moyens de production de la CEEG lors de sa présentation. 
Le forum a rassemblé près de 400 investisseurs en quête d’opportunités dans le secteur énergétique africain et des représentants de plusieurs banques et agences gouvernementales américaines dont la BM. 
Lors du Forum algéro-américain sur l’énergie, organisé à Houston (Texas) en décembre 2016, Noureddine Bouterfa a appelé les entreprises américaines à faire fructifier les partenariats avec l’Algérie. Évoquant la future centrale électrique, le ministre rappelle que ce mégaprojet « représente une composante énergétique qui consiste à réaliser des centrales électriques, et une autre composante industrielle dédiée à la fabrication locale des équipements et matériels destinés à ces unités ». En marge de cet événement, le ministre a rencontré Bruce Cutright et John Chrosneck, respectivement P-DG de Thermal Energy Partner et de Dupont, deux entreprises américaines spécialisées dans le développement des projets d’énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque et la géothermie. 
« Nous avons fixé des objectifs ambitieux et prometteurs pour les énergies renouvelables et nous sommes résolus à faire des vingt prochaines années une ère de véritable développement pour l’énergie durable, affirme le ministre de l’Énergie. Ce programme permettra à l’Algérie de réaliser des installations pour les énergies propres et renouvelables qui seront associées à une industrie nationale qui comprendra tous les éléments de la chaîne de valeur renouvelable, dont l’ingénierie, l’équipement et la construction. » Pour y parvenir, le ministre explique que le gouvernement misera sur des partenariats internationaux « forts, bénéfiques et équitables » qui permettront au pays de réussir sa transition énergétique en installant des unités de production et de consommation « propres, rentables et durables ». 
Les économistes sont unanimes : l’avenir de l’Algérie se trouve dans ce domaine. Ils considèrent que l’utilisation élargie de ces énergies permettrait de réduire la consommation nationale en énergies fossiles, laquelle sera conservée à l’exportation, ce qui permettra au pays de sortir graduellement de sa dépendance de la rente pétrolière.