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Algérie, une économie qui stagne

Editor de Sep 12, 2012 - 07:52 dans Economie
Les ressources de l’Algérie équivalent à celles de plusieurs nations, et sa richesse à celle des pays du Golfe. Il lui faut toutefois développer son outil de production…

Par Véronique Narame

Pétrole.

L’économie algérienne est fortement dépendante de sa première richesse, les hydrocarbures.

C’est le plus grand pays d’Afrique avec 2,5 millions de km2. Sa croissance démographique ne cesse de progresser : il comptait 37 millions d’habitants en 2011 et en totalisera 50 en 2030. Son PIB est le plus élevé d’Afrique du Nord et le quatrième au plan continental, avec 189 milliards de dollars en 2011. Ses réserves de change culminent à 183 milliards de dollars et il est le quatrième exportateur mondial de gaz.

À l’échelle continentale, l’Algérie apparaît comme le maillon fort. Mais si ses indicateurs de croissance sont en hausse (de l’ordre de 3,4 % pour l’année 2012), le pays n’en demeure pas moins vulnérable.

Son économie est très fortement dépendante de sa première richesse, les hydrocarbures, qui représentaient 73,4 milliards de dollars de recettes d’exportation en 2011, soit 98 % du total des exportations et 70 % des recettes budgétaires.

L’Algérie est donc tributaire de la fluctuation des prix du baril de pétrole. La gageure consiste à diversifier ses sources de revenus en développant l’industrie et l’agriculture. C’est le prix à payer pour réduire la facture d’importation. À eux seuls, les services importés équivalent d’ailleurs à 12,5 milliards de dollars (22 % des importations).

L’Algérie s’active à faire bouger les lignes en encourageant les entreprises publiques et privées à produire du made in Algeria. Cela demande de l’investissement que l’État favorise en améliorant graduellement le climat des affaires.

Ali Mazouz, expert-comptable et commissaire aux comptes, nous livre son analyse. « L’économie algérienne se structure pour que l’organisation juridique et fiscale tende vers celle d’autres pays. L’État a pris des dispositions en ce sens pour assainir le climat des affaires et faciliter l’accueil des investisseurs. Il procède de même pour avoir des banques saines et transparentes… À ceux qui considèrent que la mise en place de ces dispositifs est trop longue, nous répondons que l’Algérie est un pays jeune, qui a tout juste cinquante ans d’existence depuis son indépendance. »

Abdellatif Benachenhou, ancien ministre des Finances, admet volontiers que le pays ne dispose pas d’une plate-forme industrielle suffisante, même s’il concède l’existence d’une classe d’entrepreneurs et l’émergence de champions nationaux.

Cette situation a poussé le gouvernement à revoir sa politique d’investissement et d’emploi. Lors du conseil des ministres de février 2011, une batterie de projets a été examinée et approuvée, à commencer par l’intervention du Fonds national d’investissement.

« Dans un pays où le tissu des acteurs de l’économie de marché est jeune, le gouvernement privilégie les conditions propres à le stimuler notamment par le biais de fonds d’investissement », explique Abderramane Benkhalfa, qui est délégué général de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers.

Il a aussi été décidé de l’abattement de charges patronales, de l’octroi de crédits bonifiés pour les agriculteurs et de favoriser l’accès au foncier industriel. « Aujourd’hui, nous pouvons dire que le climat de l’investissement est très favorable. Néanmoins, l’investisseur reste confronté à plusieurs problèmes comme la lourdeur administrative et la frilosité des banques en matière de crédit », confie Rachid Ghimouz, chef d’entreprise et président de la chambre de commerce d’Annaba.

Évaluation du risque crédit. L’économiste Nour Meddahi pense que pour développer le crédit au secteur privé (qui ne représente que 15 % du PIB), le code d’investissement devrait gagner en attractivité et en compétitivité, et le système bancaire et financier en modernité et en performance. Abdeldjellil Bouzidi, membre du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), fait remarquer qu’en Algérie le secteur bancaire est dominé par les banques publiques – où s’effectuent 85 % des dépôts – mais qu’elles n’accordent que peu de prêts. La raison ? Le système d’évaluation du risque crédit n’est pas suffisamment développé. Les banques préfèrent alors conserver leurs liquidités ou l’investir sur le marché obligataire de peur de faire un mauvais choix. Quant aux banques étrangères privées, elles s’engagent plus volontiers dans le financement de la consommation ou le commerce extérieur, des secteurs sécurisés par le crédit-documentaire.

Pour l’heure, on compte plus de 6 millions de PME/PMI privées, principalement concentrées dans l’industrie agroalimentaire, le BTPH et, à un degré moindre, le tourisme.

« C’est une nette augmentation par rapport aux entreprises publiques qui sont en régression, mais l’intervention du secteur privé dans l’économie nationale est encore timide », note Rachid Ghimouz. Il ajoute que de nombreuses entreprises privées ont un potentiel export, mais qu’elles ne trouvent pas l’aide nécessaire pour aller sur d’autres marchés. « L’État algérien doit faire confiance au privé et lui donner toutes les chances de réussir en accompagnant sa mise aux normes et aux standards internationaux. C’est un vecteur important dans le développement et la diversification de l’économie d’un pays. »

Le secteur agricole est en revanche plus porteur – le Plan national de développement agricole y contribue avec sa dotation de 200 milliards de dinars par an –, mais il souffre du manque de main-d’œuvre. « Les jeunes préfèrent travailler dans l’industrie plutôt que dans les champs », constate Rachid Ghimouz. Pourtant, ce ne sont pas les opportunités qui manquent. « À El-Oued, Biskra, Ghardaïa ou Adrar, des dizaines de milliers d’hectares sont exploitables et exportables. L’eau de la nappe albienne et les sources artésiennes sont disponibles à cet effet », confirme un ancien directeur de chambre de commerce, qui fut conseiller d’un groupe agroalimentaire. Il dit de l’agriculture que c’est la véritable richesse du pays et qu’elle peut rapporter davantage que le pétrole.

Taux concurrentiels. Les investisseurs sont à présent attendus pour transférer la technologie et le savoir-faire selon des normes internationales. Ils peuvent opérer en association avec un partenaire algérien selon les modalités définies par la Loi de finances complémentaire de 2009. Des prêts bancaires sont proposés aux candidats à des taux concurrentiels. Mais il leur faut compter aussi sur un vivier de compétences ad hoc.

Et à ce niveau, tout n’est pas acquis, comme l’observe Ali Mazouz. « Au plan de la formation des ressources humaines, les mêmes erreurs ont été commises qu’en France où on a mené au bac, et au-delà, des bataillons de jeunes, avant de s’apercevoir que leurs formations étaient en inadéquation avec le marché du travail. Nous avons par exemple des licenciés en droit comptable qui ne sont pas opérationnels en entreprise. »

Aujourd’hui, le système éducatif algérien se réajuste en fonction de ces nouvelles exigences.

L’Algérie est à l’orée de son essor économique. D’aucuns prévoient un formidable envol, d’ici à 2030, si le pays tire profit des énormes atouts que sont sa croissance positive, une inflation maîtrisée, un chômage contenu et une dette extérieure insignifiante. Et s’il produit assez de biens et de services pour ne plus dépendre de l’étranger.

Objectif.

Le pays s’active à faire bouger les lignes en encourageant les entreprises publiques et privées à produire du made in Algeria.

Avenir.

Selon l’économiste Nour Meddahi, pour développer le crédit au secteur privé, le code d’investissement devrait gagner en attractivité et en compétitivité, et le système bancaire et financier en modernité et en performance.

Perspectives.

Les investisseurs sont à présent attendus pour transférer la technologie et le savoir-faire selon des normes internationales.