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ALGÉRIE Un programme national ambitieux

Hakima Kernane - fvrier 21, 2017 - 07:12 - Economie

Associant l’impulsion de la croissance économique à la préservation de l’environnement, les énergies renouvelables représentent une forte valeur ajoutée au plan économique.

Réduire les effets nuisibles sur l’environnement, améliorer la qualité de la vie des populations et créer de nouvelles opportunités de croissance économique – avec acquisition des compétences scientifiques et technologiques – tels sont les objectifs prônés par les fervents défenseurs du climat à l’échelle mondiale.
Les activités économiques liées aux énergies propres permettent, entre autres, la création d’emplois, l’industrialisation, le développement technologique et technique et l’acquisition du savoir-faire, la valorisation des ressources naturelles non toxiques et protectrices de la nature.
À l’instar des autres pays du monde, l’Algérie ambitionne de développer un programme national dans le domaine des énergies renouvelables. Depuis le Conseil des ministres, tenu en février 2016, les pouvoirs ont déclaré cette filière comme une priorité nationale. Intégré au nouveau modèle économique, le programme prévoit de porter la capacité de production à hauteur de 22 000 MW au lieu des 12 000 MW initialement prévus en 2015.
Plus concrètement, les objectifs du programme gouvernemental visent à atteindre une couverture de 86 % en matière d’alimentation en gaz et de 100 % en électricité. « Les programmes d’efficacité énergétique et des énergies renouvelables vont permettre, d’une part, de rationaliser la consommation d’énergie et de lutter contre le gaspillage et, d’autre part, de substituer la production d’électricité à partir des sources d’énergies alternatives propres et durables », affirme Noureddine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER).
Lors de la 7e édition du salon sur les Énergies renouvelables, qui s’est déroulé en octobre dernier à Oran, Noureddine Bouterfa, ministre de l’Énergie, a souligné que l’Algérie produira 4 500 mégawatts d’énergie, via des sources renouvelables d’ici à 2020. Ce dernier précise que six stations sont entrées en production à la fin de l’année 2016.

Stratégie. Selon le ministère de tutelle, la stratégie gouvernementale est axée sur le développement des installations qui englobent l’engineering et la fabrication des équipements. « Le plan national de 20 000 mégawatts entre dans le cadre d’une stratégie reposant sur les composantes énergétiques et industrielles », souligne Fatma Zohra Talantikite, secrétaire générale au ministère de l’Énergie.
Les filières du solaire photovoltaïque et éolien figurent parmi les branches prioritaires. Tewfik Hasni, expert en énergies renouvelables et ancien président-directeur général de Neal, filiale des groupes énergétiques Sonatrach et Sonelgaz, consacrée aux énergies renouvelables, estime que les énergies propres sont la solution qui assurera la sécurité énergétique du pays. Fervent défenseur du solaire thermique, il salue les avancées rapides enregistrées dans la stratégie gouvernementale ces derniers mois. « L’espace saharien est l’un des seuls au monde à permettre la mise en œuvre d’une telle solution pour la génération électrique », confie-t-il.
Pour Élisabeth Borne, présidente-directrice générale du groupe RATP, le projet algérien pour développer la mobilité durable afin de lutter contre le réchauffement climatique est très ambitieux. Dans un entretien accordé à HuffPost Algérie, en novembre dernier, Élisabeth Borne a indiqué que l’Algérie, qui a ratifié l’Accord de Paris (Cop 21 sur le Climat), « a mis en œuvre une solution efficace contre le réchauffement climatique, en poursuivant les prolongements de son métro et de ses tramways à Alger, Oran et Constantine ».
Cette dernière explique également que le développement des transports en commun, fonctionnant au biogaz et à l’électricité, permettra de réduire cinquante fois le volume des émissions des gaz à effet de serre (GES). À moyen terme, une stratégie d’innovation basée sur l’utilisation généralisée du biogaz et de l’électricité dans les transports en commun permettra de mieux protéger l’environnement.
L’Algérie amorce-t-elle le décollage du secteur des énergies renouvelables ? Autrefois marginalisées – comparativement aux ressources fossiles –, les énergies propres produites via l’éolien ou le solaire pourraient désormais contribuer au développement des activités économiques comme l’agriculture, le tourisme, l’industrie, y compris dans la région saharienne et les zones enclavées.

Une nouvelle vision. Depuis l’arrivée de Noureddine Bouterfa, ancien P-DG du groupe Sonelgaz, à la tête du ministère de l’Énergie, une nouvelle vision est mise en œuvre. Elle consiste, entre autres, en la croissance de 50 % du programme établi pour la production de l’énergie solaire thermique.
L’exploitation de l’énergie éolienne occupe une bonne place dans le programme national des énergies renouvelables. La ferme de Kabertène, située dans la commune de Tissabit, à 80 kilomètres de la wilaya d’Adrar, fruit d’un partenariat algéro-français, est considérée comme une station expérimentale à l’échelle nationale dans la production de l’électricité. Cette centrale, d’une capacité de production de 10 mégawatts, renforce les capacités d’alimentation en énergie de la wilaya. Une région qui dispose de huit autres stations dont la capacité de production pourrait atteindre, à court terme, 50 mégawatts.
Selon les objectifs du programme gouvernemental, ces unités de production atteindront, selon leurs tailles respectives, la production de 5 à 22 gigawatts par an dans quelques années. Messaoud Hamouda, directeur de l’Unité de développement de la recherche en énergies renouvelables en milieu saharien d’Adrar (Udrer-MS) explique que la région d’Adrar – caractérisée par l’immensité de son territoire et ses spécificités climatiques, notamment la fréquence des vents –, constitue un pôle national par excellence en matière d’exploitation de l’éolien.
Pour optimiser le potentiel existant, le chercheur plaide pour la mise en œuvre des études techniques et scientifiques sur le terrain afin de définir avec précision le potentiel d’exploitation des énergies propres dans la région. Plus concrètement, le directeur d’Udrer-MS appelle à la mise en place d’une station météorologique, nécessaire à la collecte des données précises sur la nature et la vitesse des vents.
Selon la direction de Sonelgaz, la future centrale électrique de Bellara, d’une capacité de production près de 1 400 mégawatts, sera opérationnelle dès 2018. Cette dernière, issue d’un partenariat algéro-qatari, a nécessité un investissement de 89 milliards de dinars. « Les travaux de réalisation font l’objet d’une attention particulière de la part des responsables centraux qui accordent une importance capitale à ce projet stratégique », confie M. Mustapha Guitouni, P-DG du groupe énergétique.
Pour la direction du groupe, cette centrale, érigée sur une surface de 40 hectares et constituée de quatre plates-formes de production, alimentera le futur complexe industriel de sidérurgie à hauteur de 400 watts par an et renforcera les besoins nationaux en matière d’énergie électrique. « Cette centrale est considérée comme une locomotive pour le développement économique, notamment dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie », explique M. Guitouni.
La wilaya de Jijel, située à l’est du pays, a bénéficié aussi d’importants projets de développement énergétique (centrale électrique, postes de transformation et lignes interconnexion) pour un coût de 146 milliards de dinars.
D’après les conclusions de l’étude menée par le Centre de développement des énergies renouvelables, la décomposition des matières organiques – contenues dans les déchets agricoles et des élevages, des industries agroalimentaires et des stations d’épuration des eaux usées (estimée à 1009,76 millions de m3 par an) –, permettrait de produire plus de 2032,6 GWh de biogaz.
Selon les autorités publiques concernées, un projet pilote de méthanisation est cours de réalisation à Oued S’mar pour l’exploitation du biogaz obtenu grâce à la fermentation des déchets organiques.
« En dépit du potentiel existant et prometteur, la bioénergie n’occupe pas une place de choix dans le programme national des énergies renouvelables visant à produire 22 000 MW à l’horizon 2030 puisqu’elle en représente moins de 5 %, estime Noureddine Yassaa, directeur du CDER. La valorisation énergétique des déchets peut générer des recettes appréciables pour les collectivités locales qui sont ainsi à même de convertir le biogaz en électricité et de l’injecter au réseau, en chaleur pour le chauffage ou le transport collectif », a-t-il expliqué.
Les experts affirment que le biogaz, une matière stockable et peut-être combinée aux autres sources d’énergies renouvelables, permet un retour sur investissement rapide, comparativement à l’éolien et au solaire. Rappelons qu’en novembre dernier les opérateurs privés, via le Forum des chefs d’entreprise (FCE), ont annoncé vouloir consacrer une enveloppe de 2,5 milliards de dollars pour la réalisation de fermes solaires photovoltaïques.
La production des équipements sur le marché local figure parmi les priorités du programme des énergies renouvelables. Afin d’aider les industriels à investir dans la filière, des réductions des droits de douane et de la TVA à l’importation – composants, matières premières et produits semi finis – ont été appliquées ces derniers mois.
Pour promouvoir les investissements privés, le gouvernement algérien a mis en place un cadre réglementaire plus axé sur le libéralisme. Certains projets seront subventionnés grâce au prélèvement de 1 % sur les revenus pétroliers effectué par le Fonds national pour les énergies renouvelables et la cogénération (Fnerc). D’autres mesures organisationnelles et institutionnelles doivent être mises en œuvre pour accentuer l’attractivité de cette filière.

Modalités et cahiers de charges. « Il faut que les modalités et les cahiers de charges soient clairement précisés en termes de garantie d’investissement, de l’accès au foncier, du raccordement des centrales aux réseaux électriques, la garantie de paiement en monnaie locale ou étrangère, le choix des technologies, de la qualité des équipements qui répondent aux normes de qualité », explique le directeur du CDER.
Lors de son intervention à la conférence consacrée au secteur de l’énergie – en marge du Forum africain des investissements, organisé à Alger en décembre dernier, Noureddine Bouterfa, a souligné que les financements des équipements énergétiques nécessitent l’implication des pouvoirs publics et les opérateurs économiques spécialisés dans cette filière.
« Cette approche doit inclure les groupes internationaux spécialisés dans la production des équipements énergétiques pour accompagner les industries sous-traitante locale », a-t-il expliqué.
Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités et directeur des études auprès du ministère de l’Énergie et du groupe Sonatrach, partage la même vision. « Des milliers de petites et moyennes entreprises peuvent émerger, sans compter les systèmes d’interconnexion avec l’Europe, où l’Algérie pourrait devenir exportatrice tout en couvrant ses besoins intérieurs et réaliser l’objectif du ministère de l’Énergie de la couverture de 40 % des besoins intérieurs à l’horizon 2030 », peut-on lire dans une contribution publiée dans la presse.
Néanmoins, malgré la baisse des coûts, la production des énergies renouvelables reste une activité économique budgétivore. Afin de permettre la réalisation du projet, dans un contexte de rigueur budgétaire, l’Algérie va-t-elle solliciter les bailleurs de fonds internationaux comme la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque européenne des Investissements (BEI) pour cofinancer ses projets ?

Partenariat international. Le ministre de tutelle – qui a indiqué lors de ses nombreuses déclarations publiques que les énergies renouvelables représentent une partie importante du mix énergétique – a annoncé que le financement des projets se fera dans le cadre d’un partenariat international. « On peut avoir recours à l’endettement externe pour plusieurs projets d’infrastructures », affirme-t-il.
Afin de concrétiser les objectifs du gouvernement, Abderrahmane Mebtoul plaide pour le choix du solaire. « Pour des économies d’énergie et la réduction des coûts, le solaire thermique par hybridation avec le gaz naturel peut aider le gouvernement en ces moments de rigueur budgétaire et d’une concurrence accrue sur le marché mondial », a-t-il confié.
Un accord de partenariat concernant l’exportation des activités en matière d’études et de réalisation du groupe Sonelgaz a été signé entre sa filiale Ettarkib, et le groupe soudanais Al-Salma, dans le domaine des énergies renouvelables et de l’hydraulique.
Ce partenariat concernera, dans une première étape, la réalisation d’une centrale électrique solaire qui permettrait l’irrigation des terres agricoles au Soudan. Cette unité aura une capacité de production de 4 mégawatts et nécessitera un investissement de 2,5 millions de dollars. Le même accord prévoit aussi la réalisation d’une centrale électrique fonctionnant au gaz naturel, d’une capacité de production de 480 mégawatts dans la région agricole d’El-Foula, au Sud Soudan. Ce partenariat, dont la quasi-totalité des travaux seront achevés au cours de l’année 2017, consiste aussi dans la création de 500 systèmes solaires d’approvisionnement de puits et d’axes d’irrigation en énergie solaire.
Des opérations similaires sont programmées dans d’autres pays africains, comme le Mali, notamment dans la filière de l’électrification rurale.
Selon le rapport de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), publié en avril 2016, l’Afrique disposait de 2 100 mégawatts d’installations solaires photovoltaïques, dont 66 % de la capacité est concentrée en Afrique du Sud – qui se trouve ainsi en première position – et 13  % en Algérie – en deuxième position.
Entre 2014 et 2016, Shariket Kahraba wa Taket Moutadjadida (SKTM), filiale de la holding Sonelgaz, en collaboration avec des centres de recherches spécialisés, a réalisé 20 centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 343 MW.
« L’apport de l’énergie solaire permettra la préservation des énergies fossiles, des disponibilités qui optimiseront la durée des exportations du gaz », explique de son côté, Mourad Preure, l’expert pétrolier international.