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ALGÉRIE Un engagement pour l’avenir

Rachid Tlemcani on December 12, 2016 - 09:07 in Economie

L’Algérie a multiplié les démarches pour faire converger les positions des pays exportateurs et parvenir à un accord qualifié d’« historique » lors de la réunion de l’Opep à Alger.

C’était une très longue réunion, mais historique », a déclaré Mohamed Saleh al-Sada, ministre qatari de l’Énergie et président de la réunion, lors d’une conférence de presse.
Depuis 2014, les cours du pétrole connaissent une baisse à la fois brutale et relativement continue. Le boom spectaculaire du pétrole de schiste explique en grande partie sa surabondance sur le marché. Les États-Unis importent beaucoup moins de pétrole qu’auparavant, au profit d’une production domestique plus diversifiée. Le prix du baril a ainsi drastiquement baissé de 120 à 40 dollars.
Les pays de l’Organisation, en rangs dispersés, ont augmenté leur part de marché afin de récupérer une partie des 60 % du manque à gagner en si peu de temps. Cette perte ne se limite pas à un déficit de recettes, mais décourage en amont les investissements pétroliers qui affecteront à long terme le secteur des hydrocarbures.
L’Arabie Saoudite et l’Iran, les grands deux rivaux du cartel, défendaient jusqu’à la veille de la réunion, des points de vue différents, voire inconciliables. Leurs intérêts économiques et surtout géopolitiques s’opposaient à bien des égards. Les effets de lutte pour l’hégémonie régionale ont été dévastateurs pour les économies locales et la géopolitique régionale. Leur rivalité avait déjà fait échouer la tentative de gel concerté à Doha en avril passé.
L’Arabie Saoudite, premier producteur de l’Opep, conditionnait dans un premier temps toute réduction de sa production à une mesure similaire de ses pairs, y compris les petits producteurs. L’Iran, qui a relancé ses exportations après la levée des sanctions internationales, refusait jusque-là de geler sa production.
Bijan Zanganeh, ministre iranien du Pétrole, avait répété que Téhéran souhaitait avant tout rétablir ses niveaux de production antérieurs aux sanctions internationales, soit environ 4 millions de barils par jour (mbj) contre 3,6 mbj aujourd’hui. Il a réaffirmé la veille de la réunion qu’un tel accord n’était pas envisageable en deux jours. Les chances de trouver un terrain d’entente étaient donc très faibles.

Accord.
« Les principaux pays producteurs de pétrole ne devraient pas trouver d’accord pour geler la production et faire remonter les cours du pétrole », tel était l’avis général des experts à la veille de la réunion.
L’Algérie a multiplié en effet ces derniers temps les démarches pour faire converger les positions des pays exportateurs. Dans cette perspective, le nouveau ministre de l’Énergie, Noureddine Boutarfa, s’était rendu notamment au Qatar, en Iran et en Russie. Il a tenté de rapprocher les points de vue des producteurs, qu’ils soient membres ou non de l’Opep, en prenant à témoin le secrétaire général des Nations unies. L’enjeu crucial est de les convaincre pour au moins un accord de principe.
La diplomatie algérienne sans grand succès au niveau régional (Tunisie, Libye et Mali) voulait à tout prix regagner ses lettres de noblesse des décennies 1960 et 1970. Un tel succès pouvait contribuer en outre à faire passer les mesures d’austérité prévues dans le projet de loi de Finances 2017. Alger était donc prête, pour sa part, à faire des concessions pour sceller un accord de principe.
Comme convenu, la réunion informelle avait été transformée en séance extraordinaire pour permettre une prise de décision. La production sera ramenée de 32,5 à 33 mbj, contre 33,47 mbj en août 2016. Cette réduction est la plus importante depuis celle qui a été décidée après la chute des cours durant la crise de 2008.
Pour parvenir à cet accord de stabilisation, l’Iran a accepté de geler sa production légèrement, tandis que l’Arabie Saoudite devra en faire autant. Riyad a visiblement assoupli sa position, qui consistait à refuser tout gel tant que Téhéran et des pays non-Opep, comme la Russie, ne seraient pas prêts à partager l’effort. En revanche, ce qui est le plus important à noter, c’est que l’Arabie Saoudite a accepté verbalement que l’Iran soit laissé en dehors d’un accord de réduction de la production avec le Nigeria et la Libye. Le ministre saoudien a déclaré : « Pour la première fois depuis longtemps, ces trois pays doivent pouvoir augmenter leur production pendant que d’autres réduisent la leur. »

Pression sociale.
En réalité la pression sociale qu’exerce le bas niveau des cours de pétrole sur les pays producteurs est telle que la realpolitik est finalement parvenue à triompher des considérations d’ordre idéologique et géopolitique.
Ce que l’on sait moins, c’est que les compagnies pétrolières, très discrètes dans les médias, selon le Pr Amor Khelif sur Radio M, Web radio de Maghreb Emergent, soutiennent la hausse des cours afin d’influer la transition énergétique. « Un resserrement du marché pétrolier va soutenir les gains et contribuer à maintenir une partie des dividendes qui étaient risqués », a souligné Derek Mitchell, dirigeant du fonds Royal London Asset Management, une banque détenant des actions dans Shell et BP.
L’accord d’Alger est salué par la communauté internationale, les médias ainsi que les experts. « Je tiens à remercier le président de la république, Abdelaziz Bouteflika, qui nous a accordé cette opportunité […] pour parvenir à ces résultats historiques », a déclaré Mohamed Saleh al-Sada, lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre algérien et le secrétaire général de l’Opep.
« Aujourd’hui, l’Opep vient de prendre une décision historique, s’est félicité Noureddine Boutarfa. L’Opep revient à sa fonction de monitoring du marché. C’est une fonction qu’elle avait perdue depuis plusieurs années. C’est une décision à l’unanimité et sans réserve qui a été prise », a-t-il ajouté. Le ministre nigérian des Ressources pétrolières, Emmanuel Ibe Kachikwu, a salué « un accord très positif » pour les producteurs. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a exprimé sa satisfaction quant à « la clarté » de la déclaration de la rencontre d’Alger. Il a ajouté : « Il y a une marge sur laquelle nous allons travailler techniquement dans les semaines qui suivent. »

Équilibre du marché. Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), se faisant le porte-parole des pays industrialisés consommateurs de pétrole : « L’initiative de l’Opep est un événement important pour le marché pétrolier. Toutefois, il est trop tôt pour dire si cet accord aura un impact sur l’équilibre du marché », a-t-on précisé à l’AIE.
La décision de l’Opep pourrait en effet provoquer un « effet yoyo » sur le marché pétrolier : les prix du pétrole pourraient alterner hausse et baisse durant plusieurs années, estime Valeri Nesterov, analyste de la banque russe Sberbank CIB.
« Le marché ne pourra tout simplement pas maintenir un prix de 60 à 70 dollars le baril », a-t-il indiqué. Le schiste américain qui “prospère” risque de faire chuter les prix du pétrole sérieusement », écrit l’analyste pétrolier, Edward Morse, en évoquant des « défis à plus long terme ».
Les modalités de mise en œuvre de l’accord d’Alger seront discutées lors du sommet de l’Opep à Vienne, le 30 novembre. Un comité de haut niveau sera mis en place pour déterminer les niveaux de production pour chaque pays. Ce comité engagera également le dialogue avec les pays non membres, principalement la Russie, deuxième producteur mondial de brut. Moscou est déjà favorable à un gel de sa production. Vienne va-t-elle parvenir à un autre « accord historique » ?
La décision de l’Opep a eu un grand écho dans les médias, publics et privés. Le Conseil des ministres a rapidement adopté l’avant-projet de la loi de Finances 2017. Comme particularité, la loi est adoptée sur la base d’un prix du baril de pétrole à 50 dollars alors qu’auparavant la référence retenue s’établissait à 37 dollars. La marge de manœuvre est désormais étroite pour aller vers la satisfaction des différents besoins des citoyens, d’autant plus que, selon le FMI, le financement de l’économie nécessiterait un baril à 88 dollars.
Si le gouvernement préfère se montrer rassurant et souligner que les transferts sociaux pour l’année prochaine ne seront pas touchés, il le fait en rognant à plus de 28 % sur le budget d’équipement. « Certes, avec des recettes supplémentaires le gouvernement peut envisager l’exercice 2017 avec plus de sérénité », estime Anisse Terai, d’Islamic Development Bank (IDB).

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