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Algérie: Moins de rente, plus d’emplois

Editor de Août 7, 2012 - 10:31 dans Economie

Collectif Nabni – www.nabni.org
 
Pour beaucoup d’Algériens, l’économie demeure une chose abstraite et lointaine, étrangère à leur vie. Il est vrai que la valse des « ismes » (socialisme, capitalisme, libéralisme…) que le pays a suivie depuis cinquante ans avec une ferveur souvent aveugle, donne le tournis et surtout n’a pas porté ses fruits. En témoigne par exemple le décrochage de l’Algérie (revenu par habitant, compétitivité, libertés économiques…) vis-à-vis d’autres pays émergents qui étaient pourtant dans la même situation en 1962.

L’économie n’est pas une boîte noire exogène qui s’impose à nous. Elle est faite par des idées, des hommes et des lois. Elle peut être changée par des idées, des hommes et des lois.

Premier enjeu : l’usage de la rente pétrolière. Cette rente est un mauvais maître : notre économie est trop dépendante des hydrocarbures qui financent à peu près tout en Algérie, des grands travaux à la paix sociale, comme si ces ressources étaient illimitées et éternelles. Cette addiction est court-termiste et mortifère : elle atrophie l’économie privée, l’empêche de décoller. Mais ce n’est pas une fatalité, la rente peut être aussi un bon serviteur : mise au service de l’investissement durable, elle peut constituer un excellent levier de développement.

La rente d’aujourd’hui doit ainsi préparer efficacement les emplois de demain, et non financer à perte les erreurs d’hier… C’est pourquoi nous proposons l’instauration d’une « règle d’or », constitutionnelle ou législative, pour que, d’une part, la fiscalité pétrolière ne finance à partir de 2020 que les investissements dans les infrastructures économiques, l’éducation ou la lutte contre la précarité et, d’autre part, pour qu’en 2030, plus aucun revenu de la fiscalité pétrolière ne soit alloué au budget de l’État ou des collectivités.

Deuxième enjeu : reboiser et faire grandir notre tissu de TPE/PME. Notre paysage entrepreneurial ressemble aujourd’hui hélas plus aux steppes arides de Biskra qu’aux plaines fertiles de la Mitidja…

Or, nous avons besoin d’entreprises plus nombreuses, grandes, compétitives, pour investir, exporter et créer davantage d’emplois durables, notamment pour les jeunes. Il s’agit là d’une priorité nationale : aucun leader politique ne parviendra à intéresser à nouveau la jeunesse à la chose politique sans apporter de réponses convaincantes à ce défi.

Le relever exige un véritable big bang idéologique. Nous devons en effet passer d’un État dirigiste qui veut décider de tout et se méfie du privé à un État stratège qui favorise le développement des entreprises sur les secteurs porteurs d’avenir et d’emplois (énergies vertes, tourisme, santé, agroalimentaire…). Un État qui, par un jeu intelligent d’incitations et de contraintes, ramène dans le giron de la légalité une vaste part de l’économie informelle, cancer de notre fiscalité. Qui améliore fortement le climat des affaires pour libérer le potentiel entrepreneurial algérien, qui accompagne l’essor de « champions nationaux », PME de taille critique ou à fort potentiel, moteurs d’un « Mittelstand » algérien capable d’entraîner toute l’économie. En bref, qui mette l’entreprise privée au cœur des politiques économiques.

Ce qui amène au troisième enjeu, décisif car conditionnant les deux précédents : la gouvernance, c’est-à-dire concrètement qui prend les décisions, sur la base de quels critères et de quelles évaluations. Aucune politique économique, aussi pertinente soit-elle, ne peut produire d’impact sans une bonne gouvernance. La nôtre est défaillante, il nous faut la modifier en y réintroduisant avec force de la rationalité, de la compétence et de la responsabilité.

L’Algérie est un grand pays. Aux ressources humaines, économiques, naturelles très importantes. Il peut, en dix ans, devenir une puissance économique de premier plan, un des pays émergents qui pèsent sur la scène mondiale.

Notre ambition économique pour l’Algérie de 2020 se résume par un « facteur 2 » : doubler la densité d’entreprises pour atteindre celle des pays émergents à forte croissance, doubler le taux d’investissement privé, doubler la part de l’industrie dans le PIB et la part des exportations horshydrocarbures, doubler le PIB et diviser par deux le chômage.

Objectifs ambitieux mais atteignables, à condition d’opérer un changement de cap rapide et important de nos politiques économiques. Nous proposons dans cette perspective des réformes concrètes et applicables immédiatement. Et rappelons-nous que si nous ne nous occupons pas de l’économie, à coup sûr, elle s’occupera de nous !

Collectif Nabni – www.nabni.org