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ALGÉRIE L’avenir s’écrit sur le partenariat

Helene Benail - janvier 5, 2017 - 10:36 - Economie

L’Algérie, qui entretient de bonnes relations diplomatiques avec les pays africains, est-elle en phase de concrétiser des partenariats économiques multilatéraux fiables et durables ?

Développer les relations économiques, impulser les investissements interafricains, mettre en œuvre des partenariats commerciaux, tels sont les thèmes débattus au cours d’un événement d’envergure : le Forum d’investissements et d’affaires, baptisé « Le rendez-vous d’Alger », organisé du 3 au 5 décembre 2016, au nouveau Centre international de conférences d’Alger. Placé sous le haut patronage du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, et coorganisé par le Forum des chefs d’entreprises (FCE), le Forum représente une opportunité pour analyser la coopération économique intra-africaine.
« Le rendez-vous d’Alger se veut une opportunité de travailler ensemble pour réussir collectivement afin d’atteindre une avancée par le compter-sur-soi en vue de solutions africaines aux problèmes du continent », a souligné Ramtane Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale lors d’une conférence de presse.
Plusieurs ministères ont été impliqués dans l’organisation de cette manifestation dont celui des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, celui de l’Industrie et des Mines ainsi que celui du ministère du Commerce.
Plus de 2 000 chefs d’entreprises, des représentants des gouvernements et des organismes publics, des investisseurs et des experts seront présents à cet événement. Selon les organisateurs, une trentaine de tables rondes seront réservées au traitement des sujets liés à l’investissement et au développement des partenariats publics/privés (PPP) dans les diverses filières économiques comme l’industrie, l’agroalimentaire, l’énergie, l’économie numérique ainsi qu’un focus sur la formation du capital humain dans différents secteurs.
Des réunions networking, des conférences et des tables rondes sectorielles seront aussi organisées entre opérateurs afin de leurs permettre de faire fructifier leurs échanges et d’envisager de nouer des éventuels partenariats dans divers domaines.

Intégration économique. L’intégration économique continentale est-elle en marche ? On assiste depuis quelques années à un regain d’intérêt pour la concrétisation d’une coopération intra-africaine. Selon les économistes, le marché africain offre de nombreuses opportunités d’affaires et de partenariats à fort potentiel.
Une vision partagée par de nombreux décideurs politiques des gouvernements africains qui souhaitent accélérer la cadence dans la concrétisation des programmes de coopération entre pays. « Le Forum représente une opportunité pour tous les entrepreneurs, hommes d’affaires et opérateurs africains qui souhaiteraient être partie prenante dans la revitalisation de l’économie africaine et en définitive, de la renaissance de notre continent », a souligné le chef de la diplomatie algérienne lors d’un point de presse.
« Travailler ensemble pour réussir ensemble », tel est le slogan de cette rencontre dont l’un des objectifs est d’étudier les possibilités qui s’offrent aux pays africains d’intensifier les échanges commerciaux. Selon les données révélées par l’organisation patronale FCE, le commerce intra-africain ne représente que 10 % du total des échanges commerciaux à l’échelle mondiale. À titre comparatif, le commerce intra-régional entre pays européens représente 70 %, entre pays asiatiques 50 %, et 22 % en Amérique latine.
Selon les organisateurs, des thématiques centrales seront au cœur des discussions entre les différents représentants des États. De nombreux défis restent à relever, notamment dans les filières de la sécurité énergétique, de l’électrification des villes et des villages, de la sécurité alimentaire et du développement de l’économie numérique. En effet, l’électrification du continent, considérée comme l’une des priorités majeures, permettra aux pays africains les plus démunis de se lancer dans le développement des activités socio-économiques.
Car, la généralisation de l’accès aux sources énergétiques, dont l’électricité et l’eau, figure parmi les défis les plus urgents à relever. Or, ce sont des conditions incontournables pour prétendre atteindre les objectifs de développement humain du millénaire – définis par l’Organisation des nations unies (ONU) – et qui consistent, entre autres, à améliorer la qualité de vie des citoyens, notamment dans les zones rurales et les villages éloignés.
L’Algérie est-elle dans une phase de diversification effective de ses partenariats à l’échelle continentale ? Pays exportateur de gaz et de pétrole, habitué à des partenariats orientés vers l’Europe, l’Amérique et la Russie, l’Algérie vise désormais la diversification de son économie et de ses partenaires étrangers.
En 2014, les échanges avec l’Afrique ne dépassaient pas 200 millions de dollars. Cela dit, depuis la chute des cours des hydrocarbures, le Forum des chefs d’entreprises (FCE), dirigé par Ali Haddad, et la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (Caci), présidée par Mohammed Laïd Benamor, P-DG du groupe agroalimentaire éponyme, tablent sur l’intensification des partenariats avec les pays africains, une stratégie qui sera portée par le dynamisme de certains opérateurs économiques du secteur privé comme Cevital, Benamor ou Condor, des groupes qui affichent leurs stratégies dans la conquête des marchés africains.

Renforcement des relations. Plusieurs chefs d’État africains ont effectué des visites officielles à Alger depuis le début du 4e mandat présidentiel. Des commissions mixtes ont été aussi créées afin de permettre le renforcement des relations bilatérales et multilatérales entre les pays. La nouvelle stratégie algérienne vise la multiplication des échanges commerciaux, via les exportations de produits hors hydrocarbures. Plus concrètement, les autorités publiques plaident pour la création d’une zone continentale de libre-échange afin de promouvoir les échanges commerciaux entre l’Algérie et les pays africains, et d’étudier les possibilités pour lever les contraintes qui vont à l’encontre de sa mise en œuvre.
Ainsi, le FCE a multiplié les visites de délégations au sud du continent. En juillet dernier, une importante délégation, conduite par Mohamed Laid Benamor, président de la Caci, s’est rendue en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin.
Lors de la 12e session de la commission mixte algéro-malienne, présidée par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et son homologue malien, Modibo Keita, et placée sous le thème du Développement de la coopération économique, organisée à Bamako en novembre dernier, treize accords de coopération ont été signés.
À la suite des conclusions des travaux, un Conseil de coopération mixte devrait être mis en route pour permettre aux opérateurs économiques de deux pays de concrétiser des projets de partenariats communs. « Les gouvernements algérien et malien vont œuvrer ensemble pour passer d’une coopération commerciale à une coopération économique de production et d’industrie », a déclaré le ministre Ramtane Lamamra lors de la cérémonie de clôture.

Signatures de contrats.
Lors du 5e salon Djazair Export, organisé en marge de la 49e Foire internationale d’Alger, une vingtaine de contrats entre des entreprises privées algériennes, tchadiennes et ivoiriennes ont été signés au cours des rencontres consacrées à la coopération économique algéro-africaine.
Selon les chiffres officiels, ces accords sont estimés à 145,5 millions de dollars. Un contrat de 116 millions de dollars a également été conclu entre le groupe privé Amimer Energie, spécialisé dans la production de groupes électrogènes et centrales électriques, et l’entreprise tchadienne 3A Energie.
Un autre contrat de 5 millions de dollars a été signé entre les deux entités, qui sera consacré à l’interconnexion et au développement dans cinq villes tchadiennes. D’autres accords ont été conclus dans les filières des médicaments, de l’électronique et des machines d’emballage.
Selon François Aissa Touazi, ancien conseiller Afrique du Nord/Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères et cofondateur du think tank Capmena, l’entreprise publique Sonatrach – premier groupe africain – bénéficie d’une expérience reconnue dans l’assistance des pays africains dans la structuration de l’industrie pétrolière.
Le pays s’investit aussi, via le groupe pétrolier, dans le développement des infrastructures et la consolidation de l’axe Alger-Lagos. Un programme qui entre dans le cadre de la construction de la route transsaharienne, pour lequel un investissement de 3 milliards de dollars a été consenti. Selon l’économiste, le projet pipeline transsaharien Nigal, acheminant les hydrocarbures du Nigeria vers les marchés européens, via le Niger et l’Algérie, devrait être concrétisé.
Bakhti Belaïb, le ministre algérien du Commerce, estime de son côté que la Côte d’Ivoire représente une nouvelle destination pour les exportations algériennes. Mieux encore, le ministre explique que ce pays pourrait devenir, à plus long terme, une porte ouverte vers la conquête des marchés de l’Afrique de l’Ouest. « Le marché africain offre des opportunités pour la promotion de la production nationale, qui a connu ces dernières années des progrès substantiels en termes de qualité », a-t-il souligné lors d’une journée d’étude organisée à Abidjan par la Société de services à l’export (AFEEE) et consacrée à l’ouverture d’un comptoir commercial entre l’Algérie et la Côte d’Ivoire.
En Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), une organisation dynamique couvrant un marché de 300 millions de consommateurs de 15 pays membres, a mis en œuvre des règlements communs sur les plans économique et politique.
Rappelons que des actions concrètes ont été engagées par des organismes comme le Nepad, l’Union africaine (UA), en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD) et la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Autant d’institutions qui s’investissent sérieusement dans la réalisation des programmes de construction d’infrastructures routières régionales communes.
Selon les conclusions des études du Programme de développement des infrastructures en Afrique (Pida), la réalisation des liaisons routières est considérée comme une des priorités absolues des programmes de développement économique des pays africains.
Deux corridors prioritaires sont été réalisés : l’un relie l’Algérie au Mali au Sud du Continent et le second relie l’Algérie au Niger et au Nigeria, des infrastructures qui permettront d’impulser les échanges commerciaux entre les pays du Maghreb et ceux de l’Afrique de l’Ouest et Sud.
L’Algérie, qui a procédé à l’effacement de la dette de 14 pays africains – pour un total de près d’un milliard de dollars –, fait partie des cinq pays fondateurs du Nepad qui œuvre pour le développement socio-économique du continent. Aujourd’hui, le gouvernement algérien souhaite concentrer ses efforts dans la construction des relations économiques avec les pays du Sahel – le Niger, le Mali et la Mauritanie –, et avec le Burkina Faso, le Cameroun et le Sénégal.
L’Afrique, qui enregistre une croissance moyenne de 5 à 6 %, dispose de viviers considérables de matières premières et de terres agricoles non exploitées, des filières économiques vierges ou en état de balbutiements, qui classent le continent parmi les marchés à très fort potentiel pour les opérateurs économiques.

Coopération réussie. Profitant de cette conjoncture favorable, et pour concrétiser une coopération régionale réussie, les gouvernements africains comptent impliquer le secteur privé, africain et international, notamment à travers la conclusion de partenariats publics/privés.
Car les programmes d’envergures, soutenus par des mesures incitatives – un écosystème encadré et organisé par une réglementation claire et des financements fiables –, permettront aux pays concernés de poursuivre cette dynamique dans le développement du continent, en mettant en exergue la garantie de concrétiser des partenariats publics/privés, innovants et gagnants/gagnants.
The World Economic Forum « Africa », surnommé « le Davos africain », dont la première édition est prévue durant l’année 2017 en Afrique du Sud, mettra-t-il sur les rails le train continental à grande vitesse ? L’Algérie sera-t-elle sa deuxième halte en 2018 ? Affaire à suivre…