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ALGÉRIE Habitat intelligent pour le futur

Hakima Kernane - fvrier 21, 2017 - 07:16 - Economie

Houda Bendib est cofondatrice de HMONP- HBTF Labor-Archi, agence d’architecture basée à Paris. Elle est aussi chercheuse associée à l’université de Grenoble Pierre Mandes France.

Le développement durable tient aujourd’hui une place majeure dans le secteur de l’habitat. Pouvez-vous nous en parler ?
Le contexte actuel met en évidence les incidences de la politique de l’habitat sur notre environnement. En Algérie, il y a une nécessité d’agir sur deux niveaux : la mise en place des politiques sectorielles et l’intégration d’une approche de prise de conscience environnementale, plus perceptible. Il serait important que l’État ait en sa possession une base de réflexion impliquant de nombreux enjeux comme la réduction de la consommation énergétique et le traitement des déchets.
Il faut savoir que l’économie mondiale consacre près d’un dixième de son énergie et près de la moitié de ses ressources matérielles à construire et à faire fonctionner des maisons et des bureaux. La réduction de la consommation énergétique passe dès lors obligatoirement par une action substantielle dans le secteur du bâtiment ou l’amélioration de la santé.
Les édifices qui ne répondent pas aux normes de qualité environnementale mettent en péril la santé de leurs occupants. Or, une partie importante des citoyens passent la majorité de leur temps à l’intérieur de locaux : travail, habitation, transports. Cette raison suffit déjà en elle-même à promouvoir une réalisation plus réfléchie du cadre bâti et il devient urgent en Algérie ou ailleurs de penser à l’aménagement urbain, paysager, qui intègre des énergies renouvelables avec des matériaux que l’Algérie pourra produire sur place à moindre coût.

L’Algérie, qui a ratifié les accords de la Cop 21, a engagé des programmes dans le développement des énergies renouvelables. Quelles sont les actions à mettre en œuvre dans la filière habitat/urbanisme ?
Les actions en relation avec la protection de l’environnement doivent être inscrites dans les projets d’aménagement, de réhabilitation et de construction, quelle que soit leur taille, dans une perspective de développement durable. Or, ces démarches sont complexes pour l’Algérie, faute de main d’œuvre qualifiée.
J’ajoute que l’intégration de ces critères relève principalement de la responsabilité des maîtres d’ouvrage ou des clients. Ils sont les seuls à pouvoir définir les objectifs et à en dégager les moyens comme étant la capacité d’un bâtiment à préserver les ressources naturelles et à répondre aux exigences de confort, de qualité de vie et de santé.
Le bâtiment doit satisfaire à ces critères lors de sa mise en œuvre et au cours de sa vie jusqu’à sa déconstruction. Les critères qui définissent l’intégration de la notion du développement durable concernent divers points importants, dont l’économie des ressources, la réduction de la pollution de l’air, de l’eau et du sol, et la diminution de la production de déchets ultimes. Ce sont des éléments qui déterminent des relations satisfaisantes du bâtiment avec l’environnement immédiat et qui garantissent une qualité des ambiances intérieures du point de vue du confort et de la santé.

Comment peut-on réaliser de tels objectifs si favorables à la protection de l’environnement ?
Les moyens pour atteindre ces résultats passent inéluctablement par une préparation accrue à chaque phase du projet. En particulier en amont, lors de la programmation des projets, des études de faisabilité, lesquels ont pour objectifs l’amélioration de la qualité de vie des usagers, la limitation des nuisances locales et la réduction des impacts environnementaux qui préoccupent les riverains lors du déroulement des travaux.
Il est important de répondre à leurs interrogations quant à l’apparition dans leur quartier d’une future construction, d’informer les riverains des activités prévues dans le futur bâtiment, de les tenir au courant des mesures prises pour limiter les nuisances susceptibles d’être engendrées par ces nouvelles activités, l’architecture du bâtiment et son impact sur la rue, l’ensoleillement, l’intimité, le trafic routier, la fréquentation du quartier.
Pour cela, il serait nécessaire de faire appel à une concertation publique des usagers bien avant le début du chantier. On pourrait ainsi créer une sorte de participation sociale à la mise en place d’une ville qui sera réfléchie et adaptée aux besoins de ses habitants, en intégrant bien évidemment la notion de la protection de l’environnement et de l’économie de l’énergie.