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ALGÉRIE Émergence de l’économie numérique

Helene Benail de Déc 12, 2016 - 11:32 dans Economie

Le lancement du e-paiement et la technologie mobile 4G permettront-ils l’installation d’un écosystème favorable à l’émergence d’une économie numérique dans le pays ?

Très attendue par les consommateurs, la modernisation des moyens de paiement est effective depuis le mois dernier. Enthousiaste, Amel, cadre dans une entreprise nationale nous confie que l’introduction des moyens modernes de paiement via mobile ou Internet permettra aux utilisateurs de disposer de plus de fluidité dans la gestion de leurs comptes bancaires. « Désormais, notre argent en banque est à portée de mains. Pour la femme active que je suis, la rentrée en vigueur du e-paiement représente un gain de temps considérable, il me facilite la tâche dans l’exécution de certaines taches routinières comme le paiement des factures », explique-t-elle.
La cérémonie de lancement du service e-paiement, organisée par l’Association des banques et établissements financiers (Abef), en octobre dernier, a rassemblé le ministre des Finances, Hadji Baba Ammi, la ministre de la Poste et des TIC, Imane Houda Feraoun, le ministre délégué chargé de l’Économie numérique et de la Modernisation des systèmes financiers, Mouatassem Boudiaf, et le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal.
Selon Mouatassem Boudiaf, ce concept monétique, qui permet de conclure des opérations de paiement, sera adopté par les grands facturiers dont Air Algérie, la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal), Tassili Airlines, Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo, Amana Assurances et bien d’autres entités publiques comme Sonelgaz, l’Algérienne des eaux (ADE), l’Agence nationale du développement du logement (AADL), les Offices de promotion et gestion immobilières (OPGI) ainsi que les différentes sociétés de transport.
« Le e-paiement permettra non seulement de réduire les coûts et les durées des transactions bancaires, mais il contribuera également à l’amélioration de la trésorerie des entreprises », souligne de son côté, Hadji Baba Ami lors de son intervention.
Les institutions financières et les opérateurs économiques pourront aussi proposer des opérations de transferts d’argent et des solutions digitales à leurs clients et fournisseurs. Mouatassem Boudiaf confirme que les banques, publiques et privées, participeront au lancement du service de paiement électronique. Il s’agit des banques publiques – Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), Crédit populaire algérien (CPA), Banque de développement local (BDL), Banque nationale d’Algérie (BNA), Banque extérieure d’Algérie (BEA), Caisse nationale de l’épargne et de la prévoyance (CNEP) –, et cinq privées : Trust Bank Algérie, Natixis Algérie, Société Générale Algérie, Gulf Bank Algérie et Al-Baraka.

Système de paiement moderne. Selon le ministère de tutelle, d’autres institutions financières suivront dans les prochains mois. « Algérie Poste, qui compte plus de 6 millions de détenteurs de cartes bancaires, devrait rejoindre ce système de paiement moderne dès qu’elle achèvera l’opération de migration de ces cartes vers le e-paiement », confirme Boualem Djebar, président de l’Abef.
Le ministère des Finances a mis en œuvre des mécanismes pour assurer le bon déroulement de ce mode de paiement via le Net, comme la mise en place d’un portail Web pour la commande des cartes de paiement, l’installation des terminaux de paiement et des distributeurs automatiques de billets et la mise en service des sites cybermarchands. Des numéros verts gratuits seront aussi mis en œuvre afin de répondre aux interrogations des usagers pour optimiser la mise en route du paiement électronique.
Selon le ministère des Finances, des compagnes de publicité conçues dans les langues arabe, amazighe et française seront programmées sur les chaînes de radio et télévisions nationales afin de vulgariser d’adoption par les citoyens du e-paiement. Enfin, pour faciliter l’utilisation du e-paiement, un site est dédié à l’accompagnement des utilisateurs de ce mode de paiement.
Nawel Benkritli, directrice générale de la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (Satim), explique que tout client détenteur d’un compte bancaire peut faire la demande d’une carte bancaire de paiement, une démarche qui sera traitée en deux semaines seulement. Quant aux coûts des prestations, la directrice de la Satim rassure : « Les services sont gratuits pour le porteur de la carte CIB, c’est le Web marchand qui paie des commissions. »

Consommateurs. Mieux encore, dans quelques mois, les consommateurs pourront acheter des billets d’avion, des appareils électroménagers ou des vêtements via des applications mobiles. Les économistes sont confiants, les Algériens, adeptes de nouvelles technologies, feront usage de leurs mobiles pour effectuer leurs achats.
Un optimisme partagé par les opérateurs de la téléphonie mobile, l’engouement des Algériens pour les sites marchands sur Internet sera comparable à celui du lancement de la téléphonie mobile dans les années 2000. « Les Algériens sont dans l’attente de la mise en œuvre des moyens modernes de paiement, je pense qu’ils adopteront très vite ce procédé. À mon sens, la difficulté consiste dans la démocratisation du paiement par carte auprès des petits commerçants, et plus généralement dans toutes les transactions commerciales de gros. Le travail sera de plus longue haleine, car dans ce domaine, l’utilisation des espaces domine, une situation qui explique l’opacité qui persiste dans les déclarations fiscales dans cette filière », nous confie Rabah, cadre dans l’administration publique.
De son côté, Larbi Sarrab, spécialiste de la fiscalité confirme : « Toutes les ventes et les prestations de services réglées en espèces et qui ne font pas l’objet de facture ou autre document peuvent facilement être dissimulées et l’administration fiscale n’a aucune possibilité de les déceler, d’autant plus que les textes mettent ces contribuables à l’abri du contrôle fiscal à exercer sous la forme de vérification de comptabilité. »
Force est de constater que le e-paiement, qui se substituera à l’usage fiduciaire, entraînera la bancarisation de l’économie nationale. Pour cela, la tutelle compte déployer plus de 10 000 terminaux, ou TPE, jusqu’au premier trimestre 2017 et 20 000 en 2018. Les premiers prestataires concernés seront les grandes surfaces, les hôtels, les restaurants, les commerces et les magasins.
Le e-paiement accompagnera-t-il l’inclusion de l’économie informelle ? En effet, le paiement « cash » est un mode généralisé dans le pays. Petits commerces, achat de gros, paiement de factures…, les transactions se réalisent en grande partie en espèces. Avec l’ouverture du marché, dans les années 2000, l’argent émanant des activités commerciales informelles circule hors circuit bancaire. « Les modes de paiements électroniques et à distance serviront à relever trois défis : collecter les ressources, relancer l’économie et bancariser l’argent via de nouveaux instruments à travers des nouveaux produits », affirme le gouverneur de la Banque d’Algérie.
L’introduction de la monnaie électronique et le développement du commerce via Internet instaureront plus de traçabilité dans les transactions financières et commerciales sur le marché. « La culture électronique pourra limiter l’ampleur du marché informel », souligne de son côté, Younes Grar, consultant dans le domaine des TIC.
En effet, défaut de facturation, fuite de devises, majoration/minoration des prix et corruption sont aussi des pratiques courantes dans les circuits du commerce intérieur et extérieur.

Opérations frauduleuses. Des opérations frauduleuses qui coûtent des milliards de dinars à l’État. Selon les chiffres communiqués par la direction des Douanes algériennes, les surfacturations lors des opérations d’importation ont permis le transfert illicite de 15 à 20 milliards de dinars en moyenne par an. Selon les services du ministère du Commerce, entre 2010 et 2015, les transactions commerciales non facturées ont été évaluées à plus de 270 milliards de dinars.
La mise en œuvre du e-paiement permettra-t-elle de créer un écosystème favorisant l’émergence d’un tissu d’entreprises qui œuvrent dans les TIC, comme les start-up et les PME innovantes ? Selon les économistes, les opérateurs économiques, les banques et les organismes financiers qui optent pour ce mode de paiement favoriseront incontestablement l’émergence de l’économie numérique, un des moyens majeurs pour le développement de nouveaux relais de croissance.
Mohamed Loukal explique que le système financier, en introduisant le e-paiement, entre dans une nouvelle ère, celle de la poursuite de la diversification de ses produits et ses services : « C’est un instrument de modernisation, car grâce au e-paiement, nous rentrons dans l’économie numérique. Il y a une facilitation des opérations dans un cadre réglementaire de sécurisation des opérations », a-t-il souligné lors de la cérémonie de lancement du e-paiement.
Télécharger des fichiers volumineux, visionner un film ou un concert en haute définition, écouter de la musique en streaming, participer à des jeux en réseau sur son Smartphone ou sa tablette, tout cela sera désormais possible et de façon plus fluide pour les utilisateurs.
Le déploiement de la 4G, une technologie dont la vitesse de débit est estimée de 100 Mbit/s à 1 Gbit/s, facilitera la tâche aux entreprises spécialisées dans les TIC afin de développer des flux et des contenus des applications mobiles.
« La technologie 4G profitera essentiellement aux entreprises et aux administrations ainsi qu’aux professionnels qui utilisent Internet pour être en contact avec leurs fournisseurs », soutient Younes Grar.

Économie numérique. De son côté, Vincenzo Nesci, président exécutif de Djezzy, explique : « La technologie 4G permettra d’aider au développement de l’économie numérique et des services à valeur ajoutée, faciliter le quotidien des Algériens et passer de la téléphonie mobile à la communication numérique. »
Notons que la technologie 4G révolutionnera la navigation Internet et développera le multimédia. L’utilisation du Smartphone sera optimisée sur le plan ludique, éducatif et professionnel. Le lancement officiel de la commercialisation de la 4G de l’opérateur Djezzy, en octobre dernier, dans la ville du sud Ouargla, en présence de la ministre Imane Houda Feraoun, donnera un coup d’accélérateur à ce mode de paiement via les smartphones.
Selon la direction, l’opérateur compte investir un milliard de dollars dans l’amélioration de la connectivité et des services digitaux dans les cinq prochaines années. Lors de la conférence de presse organisée pour l’occasion, Vincenzo Nesci a indiqué que cette réalisation représente « un tournant technologique ». Djezzy compte s’investir davantage dans l’accompagnement des start-up et la mise en place des incubateurs, le socle pour la mise en œuvre d’un écosystème plus favorable à l’économie numérique.
L’opérateur a aussi conclu des partenariats avec des universités pour la création de deux sociétés de services numériques et solutions digitales, et compte installer des stations de télécoms et un réseau de fibre optique de plus de 2 600 kilomètres. « Nous sommes engagés à réaliser la couverture la plus importante du territoire, soit un Algérien sur cinq, à la fin de septembre 2017, et un Algérien sur deux à l’horizon 2021 », affirme Tom Gutjahr, directeur général de Djezzy, fraîchement installé à la tête de l’entreprise.
Le déploiement du e-commerce sera établi lors d’une seconde étape. Des mécanismes pour la certification et la sécurisation des opérations commerciales via le cyberespace sont en cours de finalisation.
« La loi relative au e-commerce et dont le projet sera soumis au gouvernement avant la fin de l’année, encadrera la relation entre le commerçant et le client dans le monde virtuel », explique Younes Grar. De son côté, le gouverneur de la Banque centrale rassure : « C’est un processus majeur, mais il est continu et progressif. »
Dans tous les cas, l’introduction quasi simultanée de la technologie mobile 4G et le lancement officiel du e-paiement forment une avancée notoire. Le processus vers l’installation d’un écosystème favorable à l’émergence de l’économie numérique est en marche.