/ Economie / Alger réinvente le rêve africain

Alger réinvente le rêve africain

Arab Chih de Fév 10, 2017 - 09:02 dans Economie

La capitale algérienne a été le point de chute de 3 500 acteurs économiques, venant des quatre coins du continent pour le premier Forum d’investissements et d’affaires.

Un événement d’envergure abrité par le flambant neuf Centre international de conférences (CIC), récemment inauguré par le président Abdelaziz Bouteflika. Une structure qui a subjugué toutes les personnes présentes par son luxe et sa majesté. Signe du grand intérêt accordé par les autorités algériennes à ce rendez-vous : il a été placé sous le haut patronage du président de la république et inauguré par le Premier ministre, Abdelamalek Sellal, en présence d’une grande partie de ses ministres.
Il faut dire que les organisateurs algériens ont fait les choses en grand, faisant intervenir des participants de haute volée, à l’image du directeur général de l’Unido, Li Yong, de la ministre kenyane des Affaires étrangères, Amina Mohamed, de l’ex-secrétaire exécutif de la commission économique pour l’Afrique des Nations unies, Carlos Lopes, de l’ex-ministre français de l’Environnement et président de l’association Énergie pour l’Afrique, Jean-Louis Borloo, du vice-président de la Banque mondiale, Jan Walliser, du vice-président de la Banque africaine de développement, Amadou Hott…
Le grand intérêt de l’événement réside aussi dans la qualité des thématiques retenues pour les débats en plénières : Ensemble pour l’essor africain, Énergie, Finances, Numérique, Agrobusiness, Ensemble pour de nouvelles dynamiques. Des problématiques cruciales pour le continent africain et qui n’ont pas manqué de capter l’intérêt des participants.
Qu’attend-on de ce cénacle africain ? Les Algériens ont donné le ton de la séance inaugurale. Le Premier ministre a insisté dans son discours inaugural sur l’urgence pour le continent de s’engager dans une nouvelle dynamique économique. « Il était temps que l’Afrique s’affirme sur la scène inter-nationale en tant qu’ensemble puissant et dynamique incontournable, aussi bien sur le volet politique qu’économique, en pointe dans le combat contre les facteurs nouveaux de fragilité », a-t-il déclaré.
Et le Premier ministre Abdelamalek Sellal d’appeler à « l’interconnexion durable et fructueuse entre les différents opérateurs économiques africains, la création de synergies novatrices entre nos économies nationales » et une plus grande intégration du continent africain dont les échanges intrarégionaux ne dépassent guère 12 %.

Interconnexion. Un appel qu’a fait sien le patron des patrons algériens, Ali Haddad qui, dans son allocution, a lui aussi plaidé en faveur d’« un processus de développement inclusif, immuable et irréversible », qui fait de l’entreprise « le moteur de la croissance, de la création de la richesse et de l’emploi », mais aussi d’une « intégration durable du continent africain. »
« Notre continent ne doit plus rester le moins intégré du monde avec un faible niveau d’échange intrarégional (14,5 % de l’ensemble de ses échanges) et la plus petite part du commerce mondial (2,8 % en 2015) », a-t-il clamé.
La panacée ? Les pays africains doivent unir leurs forces pour, a expliqué le président du FCE, mieux affronter « les grands défis et les menaces qui pèsent sur l’avenir de nos peuples et de notre continent ». Il a recommandé aussi aux entreprises africaines de faire des alliances entre elles. « Nous sommes appelés à forger des partenariats, dans la confiance, l’égalité et le respect mutuel, comme nous devons densifier nos échanges et nos contacts et mettre en place des mécanismes permanents de consultations et d’échanges d’informations sur nos réalisations, nos expériences, nos attentes et nos ambitions », a-t-il assuré avant de suggérer : « Pour que les entreprises africaines puissent constituer le socle d’une économie africaine intégrée, elles doivent construire entre elles des alliances afin de créer de véritables dynamiques de croissance. C’est par la construction de telles alliances qu’elles pourront attirer des capitaux dans l’espace africain. »
Cet impératif d’une plus grande intégration africaine a été soulevé aussi par les experts qui ont animé le premier panel Ensemble pour l’essor africain, juste après la cérémonie d’ouverture.
Pour Constant Dembélé, animateur de ce panel et P-DG de la chaîne panafricaine Africa 24, si l’on arrive à porter le niveau d’intégration à 50 %, ce seraient plus de 80 millions d’emplois créés au bénéfice de la jeunesse africaine. « Travailler ensemble nous fera gagner 10 à 15 points de croissance », a-t-il précisé.
Pour sa part, l’ex-secrétaire exécutif de la commission économique pour l’Afrique des Nations unies a mis l’accent sur l’urgence pour l’Afrique d’attirer des investissements pour assurer son décollage économique. « L’Afrique a pris des engagements ambitieux. Pour les réaliser, elle doit compter sur les investissements. Et pour que l’Afrique soit une terre d’investissements, elle doit détruire le mythe injustifié et réfutable que les investissements dans le continent sont un pari risqué. » Et les pays africains doivent faire preuve d’un esprit inventif pour attirer les investissements, a-t-il ajouté, non sans déplorer la paresse des banques africaines avec à la clé plus de 80 milliards de dollars non utilisés. Et M. Lopes de signaler un beau paradoxe : alors que les pays étrangers voient l’Afrique comme une terre d’opportunités, les banques africaines sont frileuses.
Mais le clou de la première journée du forum a été le moment des déclarations pleines d’effusion et de reconnaissance du patron d’Africa 24 envers l’Algérie qui, a-t-il souligné, a joué « un rôle majeur dans la libération des peuples africains », tout en rappelant la fameuse phrase de Nelson Mandela : « L’Algérie a fait de moi un homme. »

Peu de solidarité.
Et d’exprimer ses regrets sur le peu de solidarité dont a bénéficié l’Algérie de la part des pays africains quand elle affrontait seule l’hydre terroriste. « On vous doit toutes nos excuses pour nos manquements », a déclaré M. Dembélé. Sur sa lancée, il a tenu à souligner aussi : « L’Algérie est le seul pays au monde à avoir effacé sans aucune condition, en 2013, la dette de plus d’un milliard de dollars de 14 pays africains. »
Mais la série des bonnes actions entreprises par l’Algérie en faveur de l’Afrique ne s’arrête pas là. Nombre d’intervenants, dont le Premier ministre algérien, ont cité la transsaharienne, fameuse route reliant Alger à Lagos. Sans parler des contingents d’étudiants formés en Algérie.
« L’Algérie a formé depuis l’indépendance pas moins de 100 000 cadres africains dans les domaines civils et militaires », a déclaré le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, à la presse en marge de l’ouverture du forum. « Ces cadres sont entièrement disposés à permettre à l’économie algérienne de bénéficier de ses relations privilégiées avec le continent africain. » D’autant que l’Algérie a désormais « une profondeur stratégique » et, sur ce registre, peu de pays peuvent rivaliser avec elle surtout qu’elle dispose d’une « plus-value ».
Incontestablement, le Forum d’investissements et d’affaires a été un grand succès diplomatique pour l’Algérie, mais aussi un moment fort qui fera date pour le continent africain continent.
Et Ali Haddad a eu raison de dire que le rendez-vous africain d’Alger « a tenu toutes ses promesses » puisque, en plus de la forte participation de la communauté africaine d’affaires – quelque 3 500 invités en plus des 200 exposants algériens –, il a été procédé à la signature de pas moins de 100 protocoles d’accord entre les entreprises algériennes et africaines. N’oublions pas que l’Algérie organisait un tel événement pour la première fois. La moisson a été donc fructueuse à plus d’un titre.
« Ce Forum est une réussite car nous avons pu créer une réelle dynamique dont les acteurs seront en premier lieu les entreprises africaines soutenues par nos gouvernements qui mettent en œuvre des modèles économiques réalistes et viables à long terme », a expliqué le président du FCE, avant de promettre : « Le meilleur est à venir. » Et d’insister : « Ce Forum n’est pas une fin en soi. C’est au contraire le début d’une démarche pour stimuler la coopération économique intra-africaine. Nous devons y croire avec force. » Il a également annoncé la création d’un comité de pilotage qui « veillera à la mise en œuvre de toutes les décisions qui ont été prises durant ce Forum ».

BILAN
Une centaine de protocoles d’accord signés à la plénière de clôture du Forum africain d’investissement et d’affaires, qui s’est déroulé du 3 au 5 décembre dernier au CIC. Ali Haddad a précisé : « La réussite de ce forum s’est traduite par la signature d’une centaine de protocoles d’accords et de partenariat. Ce forum, a-t-il soutenu, a été l’occasion de faire découvrir l’Algérie à nos frères africains, et de tisser avec eux, les grandes lignes d’une stratégie économique propre à l’Afrique. » Un comité de suivi de tous les partenariats sera mis en place. Ce dernier se chargera de valoriser les actions entreprises lors de cette rencontre, et cela jusqu’au prochain Forum, en 2019. En outre, la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (Caci) a signé trois conventions, lors de cette conférence de presse, avec la Chambre de commerce et d’industrie du Nigeria, celles d’Éthiopie et d’Afrique du Sud. Le président du FCE a aussi annoncé la tenue d’un forum dédié aux chambres de commerces et d’industries africaines, en 2017, probablement à Bamako. Dimanche, deuxième jour du forum, un mémorandum d’entente a été signé entre le Forum des chefs d’entreprise et l’Union des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture libyenne.
Cet accord a été paraphé par Ali Haddad et son homologue Mohamed Abdelkrim Erraidh. Les deux partenaires ont décidé d’œuvrer au renforcement de la coopération économique entre l’Algérie et la Libye. Notons que pour l’organisation de ce forum, une enveloppe financière de l’ordre de 600 millions de dinars a été mobilisée. Ce qui a contribué à sa réussite et à une large médiatisation.