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Politique
égypte
Des élections décisives  
À l’heure où l’Égypte se prépare à plusieurs échéances électorales majeures et que les Frères musulmans continuent leur percée, la question de la succession du président Moubarak est sur toutes les lèvres…  

Par Yves DUBOIS  

En mai 2010, les électeurs égyptiens seront appelés à renouveler partiellement le conseil consultatif (Majlis al-Chawra), alors qu’en octobre, ils éliront leurs représentants au Parlement. Rappelons qu’aux élections législatives de 2005 les Frères musulmans ont remporté 1/5e des sièges (88 au total) et que l’article 76 de la Constitution – adopté en mai 2005 par référendum – stipule que l’élection présidentielle se déroule au suffrage universel direct et à candidatures multiples.
Toutefois, la participation des candidats doit être avalisée par le Parlement, actuellement dominé par le Parti national démocratique (auquel appartient le président). Les résultats des élections législatives risquent donc de s’avérer décisifs pour l’échéance présidentielle de 2011. Au sein d’un paysage politique sous contrôle, le multipartisme semble superficiel. Les Frères musulmans, qui constituent la principale force d’opposition du pays, sont officiellement interdits comme parti politique, mais plutôt tolérés dans les faits. Et ils pourraient bel et bien inquiéter le pouvoir… Mais, en janvier dernier, le choix du conservateur Mohamed Badie comme nouveau guide, en remplacement de Mehdi Akef, a été interprété comme un possible prélude à un retrait du champ politique. En effet, le camp conservateur plaide pour l’islamisation en profondeur de la société, tandis que les réformateurs vaincus (leur chef de file est l’ancien n°2 Mohamed Habib) préconisent une approche plus politique et se montrent davantage ouverts à des alliances avec l’opposition.
Les Frères musulmans à l’arrêt. Cependant, l’arrestation, le 8 février dernier, de Mahmoud Ezzat, adjoint du guide des Frères musulmans égyptiens, ainsi que deux autres hauts responsables, Essam Erian et Abdel Rahman el-Berr, signifie un tournant dans les relations ambivalentes entre le pouvoir et la confrérie. Les services de sécurité soupçonnent M. Ezzat de jouer un rôle de meneur et de faiseur de guides, et l’accusent de diriger un courant takfiri extrémiste, inspiré des idées de Sayyed Qotb (idéologue pendu par Nasser en 1966). Apparemment, le pouvoir agit pour contenir toute percée des Frères et toute jonction entre eux et le « Comité contre la succession dynastique au pouvoir », animé par le mouvement Kifaya et le professeur Hassan Nafi’a.    
Selon Moustapha al-Faqi (président de la commission des Affaires étrangères au Parlement et ancien secrétaire des Renseignements du président Moubarak), le chemin est balisé pour la succession, à partir de 2011. Interrogé sur l’impact d’Israël et des États-Unis sur la prochaine présidentielle, M. Al-Faqi ne mâche pas ses mots et déclare qu’ils peuvent « ouvrir des portes et en fermer » et que leur soutien ira au fils du président, Gamal Moubarak, pour la simple raison qu’ils le connaissent.
Cette mise en exergue  de l’indispensable soutien américain et de l’acceptation israélienne pour couronner le successeur de M. Moubarak a provoqué une campagne contre M. Al-Faqi, jugé très audacieux, lucide et (ou) aventuriste. Cela marque surtout l’ouverture officieuse de la campagne de 2011.
En principe, le président égyptien devrait demeurer au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours, donc se représenter lors de la prochaine élection, d’autant qu’il est en excellente santé. Son départ en 2011 n’est pas tranché, mais son fils pourrait se présenter si son père quitte le pouvoir. Dans le cas contraire, ce n’est pas envisageable. En attendant, Gamal Moubarak pourrait prendre la tête du Parti national démocratique.
Gamal Moubarak, s’il était un jour élu, serait le premier président civil de l’Égypte. Récemment, lors des grands matchs du football, il était aux premiers rangs pour soutenir son pays, à travers notamment la promotion d’un nationalisme égyptien à outrance. L’autre facteur qui plaide en sa faveur est le bon bilan économique de l’actuelle équipe, choisie par ses soins (la croissance perdure et le pays est un candidat potentiel pour s’affirmer comme un nouveau pôle émergent).
En face de Gamal Moubarak, on retrouve des candidats « virtuels ». Il s’agit notamment de Mohamed el-Baradei. Malgré le soutien du mouvement Kifaya, il n’obtiendrait pas le quorum requis pour se présenter. En outre, il connaît mal la situation intérieure. En ce qui concerne l’éventualité de la candidature potentielle d’Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, sa position est plus difficile que celle de M. El-Baradei. De plus, il ne bénéficie pas du soutien institutionnel.
Précisons qu’Amr Moussa n’a pas encore fait part de sa candidature. Pour sa part, M. El-Baradei a tranché à la fin du mois de janvier 2010, en se résignant et en déclarant qu’il se contenterait d’œuvrer pour réformer le pays ! Le pays des Pharaons, habitué justement au « pharaon moderne » qu’est Hosni Moubarak depuis 1981, se prépare-t-il à une nouvelle lignée, dont Gamal Moubarak représente le modèle adapté à la mondialisation ? L’avenir nous en dira davantage…              


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