Sans titre-1 copier.tif
Politique
iran
Une ambition régionale démesurée  
Retour sur le travail de sape mené par Téhéran, depuis la révolution de 1979, pour s’emparer du leadership régional en combattant les deux ennemis que représentent Washington et Tel-Aviv.    

Par Claire DENIS    

Durant ces trois dernières décennies, le Moyen-Orient a été marqué par les querelles et les retrouvailles entre l’Iran, les pays arabes et Israël. Après l’échec de la tentative d’exportation de la révolution iranienne vers les pays arabes, c’est à la faveur de la guerre d’Irak en 2003 et de celle de juillet 2006 au Liban que Téhéran a intensifié ses efforts pour s’imposer comme une grande puissance, régionale et musulmane. L’Iran ne lésine sur aucun moyen religieux, idéologique et économique pour étendre son influence.
À l’apogée de son court règne (1979-1989), l’ayatollah Khomeiny avait déclaré : « Il n’y a pas de frontières pour l’islam. » Mais la République islamique n’en a pas moins exalté l’esprit nationaliste au cri de « la patrie en danger » et mené une politique régionale offensive, ravivant les souvenirs révolus du vieil Empire persan. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un différend essentiellement territorial que la révolution de Khomeiny a subi sa première épreuve et sa semi-défaite face à l’Irak de Saddam Hussein.
Fidèle à son idéologie, l’Iran se veut le leader islamique qui « œuvrera pour libérer Jérusalem » et unifier le monde musulman face aux oppresseurs, notamment les États-Unis – ce « Grand Satan » comme on se plaisait à les appeler pendant la phase de « l’infantilisme révolutionnaire ».
Rappelons qu’à partir de 1982 l’axe syro-iranien s’est concrétisé sur la scène libanaise. À partir de 1983, le Hezbollah libanais est, en effet, devenu le relais le plus actif de l’Iran dans le monde musulman. Cet axe a consacré le Liban comme « tremplin » de la révolution iranienne au moment où ses tentatives pour l’exporter ne subissaient que des revers dans les pays sunnites et même chez les chiites d’Irak, pour lesquels l’allégeance nationale l’emportait sur l’appartenance confessionnelle durant la guerre entre l’Irak et l’Iran.
La suite des événements au plan régional permettent un nouvel élan aux desseins de  la politique iranienne. Après la guerre d’Irak (2003) et celles du Liban et de Gaza (juillet 2006 et janvier 2009), l’échiquier politique et stratégique du Moyen-Orient s’est profondément transformé. Trois puissances régionales s’affirment : Israël,  Iran et Turquie. Quant au système régional arabe, il se fissure sans perspective.
Les fruits de la confrontation. De surcroît, le panarabisme a cédé sa place à l’agitation de l’islamisme sous toutes ses formes. Aussitôt la guerre de l’été 2006 terminée, l’Iran a tonné que la victoire était sienne puisque le Hezbollah est le fils légitime de la Révolution islamique ainsi que la force qui a permis à l’ancienne Perse d’avoir un débouché sur la Méditerranée. Cela explique la démarche iranienne visant à recueillir les fruits de la confrontation et de construire un « Moyen-Orient débarrassé d’Israël et de l’hégémonie américaine ». Ainsi, la première confrontation armée autour du dossier nucléaire iranien s’est déroulée sur les frontières libano-israéliennes – et l’Iran a bien montré ses muscles à travers son bras armé libanais.
Les nouveaux gains iraniens (régime quasiment allié en Irak, renforcement de l’alliance avec Damas, le Hezbollah et le Hamas) ainsi que les positions penchant plutôt pour les thèses iraniennes  de certains pays arabes – comme le Qatar, Oman, le Soudan, l’Algérie et la Libye – ainsi que la fascination d’une partie des masses arabes croyant aux slogans anti-israéliens du régime de Téhéran accentuent l’inquiétude, à tel point que le roi Abdallah de Jordanie a mis en garde contre l’établissement d’un « croissant chiite » pro-iranien, allant de Téhéran à Beyrouth. Cependant, les acquis de l’Iran demeurent précaires, à la lumière de la rivalité entre l’islam sunnite et l’islam chiite et ses dangereuses répercussions sur le monde arabe et musulman – au-delà de la frontière orientale de l’Iran (Pakistan, Afghanistan). Les dernières élections en Irak ont démontré à juste titre les limites de l’influence iranienne, notamment lorsque la liste nationaliste d’Ayad Allaoui l’a emporté sur les partis pro-iraniens.
L’Iran n’a cessé de réclamer la nécessité de « récupérer » le Bahreïn, tout en persistant dans son occupation (contestée) de trois îles avec les Émirats arabes unis. De surcroît, les tentatives de manipulation des minorités chiites locales et le soutien actif à la rébellion houthie, au Yémen, ne sont pas de nature rassurante et jouent contre le bon voisinage.
Dans ses tentatives expansionnistes, les cartes ne manquent pas à Téhéran : des associations richement subventionnées comme « l’organisation internationale des Ahl al-Bayt » (dirigée depuis le bureau du guide Khamenei) ou des fondations religieuses sont mises en œuvre pour propager le chiisme « à l’iranienne » comme arme idéologique et support religieux.
Au Maghreb, le soutien d’Alger aux ambitions nucléaires civiles de Téhéran est bien apprécié par le président iranien, qui réitère l’alignement concernant le dossier du Sahara occidental.
 En outre, l’ouverture tunisienne en direction de l’Iran s’est concrétisée aussi par l’enseignement du perse au Centre iranien de Tunis et par l’autorisation de l’association chiite tunisienne « Ahl al-Baitx ». Par ces mesures, les autorités tunisiennes comptent ainsi contenir la vague de conversion au culte chiite et la contrôler au mieux.
Concernant la Libye, l’appel du guide  Kadhafi à un retour de l’État fatimide rejoint les thèses religieuses iraniennes, qui glorifient l’histoire des Fatimides partis de la côte tunisienne pour remplacer les anciens empires sunnites.
Quant aux relations irano-marocaines, elles représentent le talon d’Achille des liens iraniens avec le Maghreb, depuis l’annonce en mars 2009 de la rupture des relations diplomatiques bilatérales à l’initiative de Rabat. Le conflit entre Rabat et Téhéran trouvait son origine dans les tensions nées entre l’Iran et le Bahreïn après la déclaration de l’ancien président du Parlement iranien, Ali Akbar Nategh Nouri. Ce dernier aurait qualifié le Bahreïn de « quatorzième province iranienne » historique. Le déchaînement iranien s’est confirmé en mai 2010, lorsqu’un dignitaire religieux, l’ayatollah Mohammad Bagher Kharrazi, a appelé à la création d’un « Grand Iran » qui règnerait sur l’ensemble du Moyen-Orient et en Asie centrale, en prélude à un événement qui, selon lui, annoncera la venue du Messie attendu de l’islam (le Mahdi).    



A lire également dans ce numéro :

• interviews afrique/france
Afrique, la fin des dépendances  
Ministre des Affaires étrangères du Gabon et président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping évoque le devenir du continent à l’occasion du récent sommet Afrique/France, qui s’est déroulé à Nice.  
Propos recueillis par Christian Malar  
Sans titre-1 copier.tif
trends_banner.gif
politique 2.jpg
• Revenir au sommaire •

Cliquez ici pour avoir un exemplaire gratuit
Sans titre-2copier.tif
Editorial
Sans titre-2copier.tif
Page d’accueil
Sans titre-2copier.tif
Sommaire
Sans titre-2copier.tif
Nous contacter
Sans titre-2copier.tif
Exemplaire gratuit
Sans titre-2copier.tif
S‘abonner
Sans titre-2copier.tif
En couverture
Sans titre-2copier.tif
Politique
Sans titre-2copier.tif
Economie
Sans titre-2copier.tif
Culture