Cinq ans après avoir déclaré
la guerre à l’Irak, avec l’espoir d’y
instaurer une démocratie de type occidental, et de renforcer du
même coup la sécurité d’Israël
menacée par l’Iran… Cinq ans après avoir
renversé l’un des tyrans les plus sanguinaires
qu’ait connu le monde : Saddam Hussein, l’Amérique,
à commencer par son président G. W. Bush, ne peut pas se
targuer aujourd’hui d’être victorieuse. Elle est dans
l’impasse totale et toute annonce par le président
américain d’amélioration notable de la situation
sur le terrain pouvant conduire à une victoire décisive
des forces américaines et alliées, ne pourrait relever
que du wishful thinking, traduisez « vœux pieux ».
4 000 des 190 000 Gi’s envoyés sur
le terrain au début des hostilités sont morts, 29 000 ont
été blessés. Et 400 000 Irakiens ont aussi
trouvé la mort. Selon les experts militaires, 20 milliards de
dollars ont été dépensés pour
entraîner et équiper 250 000 policiers et 160 000 soldats
irakiens qui ne pourront assurer la sécurité totale du
pays avant 2012, et celle de ses frontières avant 2018.
Aujourd’hui, même si, selon les
stratèges militaires américains, les troupes irakiennes
et américaines sont capables d’éliminer
Al-Qaïda en Irak, il existe trois hypothèses
sérieuses selon lesquelles de nouvelles formes de combats
peuvent diviser l’Irak et priver les États-Unis de toute
chance de victoire à venir.
La première, c’est que les tribus et
milices sunnites qui ont coopéré jusqu’alors avec
les américains
puissent se retourner contre eux et l’actuel gouvernement
irakien.
La deuxième, c’est que les combats
qui se poursuivent – entre Arabes, kurdes, turkmènes et autres groupes ethniques pour
contrôler le nord de l’Irak – s’étendent
à des villes stratégiquement importantes pour cause de
pétrole, Kirkuk et Mossoul.
La troisième enfin, c’est que les
luttes d’influence des différents partis chiites se
transforment en conflits armés au bénéfice du
grand voisin iranien qui ne manque aucune occasion de
s’engouffrer dans les failles. Qui plus est, les combats dans le
sud de l’Irak et dans certaines parties de Bagdad entre
l’armée du Mahadi (l’armée du prophète) contrôlée par un jeune
religieux populiste Moktada el-Sadr, inféodé à
l’Iran, et une coalition de forces armées sous le
contrôle du parti Dawa, du Premier ministre Nouri al-Maliki, et
du conseil suprême islamique de l’Irak – parti
très puissant dirigé par Abdel Aziz al-Hakim – sont
loin d’être terminés.
Il n’y a pas le moindre doute sur les
actions de nettoyage ethnique menées par l’armée du
Mahadi,
hostile à toute présence militaire américaine en
Irak. Il ne faut pas non plus prendre pour des anges le Premier
ministre Al-Maliki et ses alliés, très contestés
dans de nombreux bastions chiites et qui n’ont qu’une
légitimité très limitée.
N’hésitons pas à le répéter, les
combats entre factions chiites peuvent être déterminants
pour l’avenir du pays. Ils peuvent réduire à
néant les quelques points marqués par les américains au
niveau d’un semblant de retour à la sécurité
et à la stabilité dans Bagdad. Le général
américain David Petraeus, commandant en chef des forces
alliées en Irak, a raison de dire : « les conséquences d’un retrait
prématuré des forces américaines d’Irak
seraient désastreuses ».
Al-Qaïda a reculé, certes, mais n’est pas vaincu. La
menace iranienne est omniprésente. Le régime du
président iranien Ahmadinejad veut « libaniser »
l’Irak pour mieux miner le terrain contre les américains. L’Iran
a un rôle déstabilisateur en Irak.
Plus on analyse la situation, plus on
s’aperçoit que G. W. Bush et son administration se sont
lancés dans une guerre sans avoir prévu la moindre
stratégie de sortie, avec un bilan qui peut
s’évaluer en termes de gâchis humain, politique et
économique. Quatre millions d’Irakiens ont fui leur
domicile, deux millions ont pris la route de l’exil vers des pays
voisins comme la Jordanie, avec tous les risques de
déstabilisation que cela peut impliquer. L’image et le
crédit de l’administration Bush sont
considérablement ternis. La guerre d’Irak a
contribué au quadruplement des prix du pétrole en cinq
ans. Avec le recul, le modeste observateur que je suis a du mal
à contenir sa colère : la guerre d’Irak
n’était pas justifiée, aussi horrible fut-il le
régime laïc de Saddam Hussein n’avait aucun lien avec
Al-Qaïda, il ne disposait d’aucune arme de destruction
massive. Le monde arabo-musulman et l’Occident sont les victimes
d’un immense mensonge et d’irresponsabilités qui
leur coûtent cher.