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Point de vue
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Le récent incident israélo-turc qui a provoqué la mort de 9 militants pro-palestiniens dans les eaux internationales au large de la bande de Gaza doit plus que nous interpeller et pose tout d’abord deux questions. Pourquoi les commandos israéliens ont-ils réagi de façon disproportionnée, démesurée ? Et pourquoi les militants de la flottille turque, soi-disant pacifistes, étaient-ils armés de hachettes pour livrer des vivres aux habitants de Gaza, victimes depuis trois ans du blocus israélien ?
Et puis, dans le contexte politique proche-oriental actuel, une troisième question, la plus importante, se pose au sein de l’administration américaine, du département d’état au Pentagone, en passant par la maison Blanche : pourquoi le gouvernement israélien que dirige le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait-il aussi peu cas des intérêts sécuritaires de son parrain américain à l’échelle internationale ?  
La profondeur de l’engagement moral des états-Unis auprès d’Israël, dit-on, ne justifie ni n’excuse les actions du gouvernement israélien actuel. Il est temps, ajoute-t-on dans les milieux proches de l’administration américaine, qu’Israël réalise qu’il a des obligations vis-à-vis des états-Unis, que la patience des Américains a des limites tout comme le soutien apporté jusqu’alors par une majorité de juifs américains. Les récentes décisions et actions du gouvernement israélien menacent potentiellement les intérêts des états-Unis.
Tout d’abord, elles ont jeté un froid sur les relations que les Américains ont entretenues jusqu’alors avec un allié musulman clef sur le flanc sud de l’Otan : la Turquie. Deuxièmement, ce qui vient de se passer au large de Gaza complique la tâche des Américains dans leur recherche d’alliés arabes et musulmans face à la menace nucléaire iranienne. Ensuite, la poursuite des constructions de colonies par le gouvernement Netanyahu dans la partie Est de Jérusalem met en danger les bonnes relations que les états-Unis entretiennent avec certains alliés arabes – comme l’Arabie Saoudite et d’autres pays du golfe. Et enfin, elle hypothèque tout espoir d’accord de paix nécessaire au développement des intérêts américains dans le monde musulman.
Le président Obama et le général Petraeus, patron des armées américaines en Irak et en Afghanistan, réalisent de plus en plus que la tragédie israélo-palestinienne, qui dure depuis soixante et un ans, compromet les intérêts sécuritaires américains dans toute la région. Le général Petraeus a déclaré : « Si nous ne parvenons pas à une paix juste et durable au Moyen-Orient, nous donnerons des bâtons aux extrémistes islamistes pour nous faire battre. » Cela dit, Barack Obama n’est pas aidé par ses adversaires républicains, certains allant jusqu’à dire : « Ou bien les états-Unis se trouvent au côté d’Israël, dans sa guerre contre les terroristes islamistes, ou alors nous encourageons les ennemis d’Israël. » L’absence de leadership au sein du camp palestinien, la guerre souterraine que se livrent le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Hamas n’arrange rien.  
La nouvelle préoccupation américaine est aussi, paradoxalement, la conséquence des engagements de l’administration Bush, quand les vies des soldats combattant en Irak et en Afghanistan sont devenues tributaires de l’état de l’opinion publique arabe et musulmane. à la différence de M. Bush, Barack Obama ne veut pas instaurer de démocratie de type occidentale dans la région. Il retire progressivement les troupes américaines d’Irak et veut en faire autant pour 2011 en Afghanistan. Dans sa stratégie sécuritaire, il veut agir de concert avec le monde musulman. Dans son entourage, certains conseillers de confession israélite redoutent que les citoyens américains ordinaires ne commencent à en avoir « ras-le-bol » des actions du gouvernement Netanyahu.
Comme l’affirment en privé certains experts proches de l’administration Obama, l’Amérique a trois choix. Soit elle considère que la situation est trop sensible, trop explosive pour y toucher ; elle doit alors accepter d’en payer le prix et d’en subir les conséquences dans le reste du monde. Soit elle essaie d’obtenir aux forceps un accord de paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens pour qu’il soit mis fin aux souffrances des Palestiniens et qu’Israël vive en paix et en toute sécurité. Enfin, le troisième choix : l’administration Obama dit : « On ne peut résoudre le problème, mais on ne veut pas en subir les conséquences. Alors, nous prenons nos distances vis-à-vis d’Israël. » Et à partir de là, l’Amérique ne sera plus perçue comme le défenseur aveugle des excès d’Israël.
à quatre mois des élections législatives, la question devient de plus en plus épineuse pour l’administration Obama, qui devra faire preuve de courage politique si elle veut poursuivre sa marche en avant et ne pas perdre toute crédibilité.
Israël, un dilemme à la Maison Blanche
Par Christian Malar
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