Ce n’est pas un secret : la course de l’Iran à l’arme nucléaire suscite de plus en plus de tensions avec les états-Unis et leurs alliés occidentaux. Aujourd’hui, le régime des ayatollahs profère des menaces de fermeture du détroit d’Ormuz (par où transitent 40 % du pétrole mondial) pour répondre aux sanctions prises par ces derniers. Peut-être ne s’agit-il là que d’une fausse posture… L’Administration Obama et le régime iranien n’ont certes pas renoncé à l’option militaire. Cela dit, il faut évaluer de façon réaliste la nature et le potentiel de la menace iranienne.
En dépit de ses multiples gesticulations, le régime iranien est plus vulnérable que jamais, après trente-trois ans au pouvoir. à l’intérieur, les divisions sont nombreuses et profondes. Le président en exercice, Mahmoud Ahmadinejad, a osé défier le guide suprême : l’ayatollah Ali Khamenei, qui menace aujourd’hui de l’éliminer politiquement.
Pendant ce temps, la vie de l’Iranien moyen devient de plus en plus précaire, avec des taux de chômage et d’inflation qui ne cessent d’augmenter.
Des élections législatives auront lieu en mars prochain, et tout laisse à penser que l’affrontement entre les factions les plus religieuses et les plus laïques du régime sera rude. Ces législatives, suivies de l’élection présidentielle en 2013, nous donneront peut-être l’occasion de voir émerger d’immenses manifestations publiques comme celles qui ont menacé la survie du régime il y a trois ans.
Aujourd’hui, l’Iran est sur le point de perdre son seul allié dans la région : le président syrien, Bachar al-Assad, même si ce dernier jouit de son soutien et de celui des Russes et des Chinois.
Certes, après l’énorme erreur stratégique commise par Obama, qui a retiré toutes ses troupes d’un Irak plus qu’instable et plus que jamais au bord de la guerre civile, l’Iran peut, à travers ses alliés chiites dans ce pays, y trouver un exutoire et tout faire pour instaurer une république islamique à sa frontière.
Pourtant le renforcement des sanctions internationales ralentit son programme
nucléaire et limite ses visées à venir.
Les états-Unis et tout le camp occidental ont mis sur pied une grande coalition
anti-iranienne. D’importants contrats de ventes d’armes viennent d’être signés avec l’Arabie Saoudite, le principal rival régional de l’Iran, ainsi qu’avec les monarchies voisines et avec Israël.
Le régime iranien doit se souvenir que les états-Unis ont renversé Saddam Hussein et délogé les talibans du pouvoir en Afghanistan en 2001 (même si la résistance de ces derniers est loin d’être anéantie aujourd’hui, bien au contraire).
Il sait aussi que, plus récemment, les forces de l’Otan ont chassé Kadhafi du pouvoir en Libye et que ses forces armées conventionnelles ne sont pas en état de résister à celles de l’Otan.
Ce même régime est convaincu à juste titre que les états-Unis veulent sa chute, même si, aujourd’hui, il est peu vraisemblable que Barack Obama ait envie de se lancer dans une
nouvelle aventure militaire. Du coup, les Iraniens sont convaincus qu’en se dotant de l’arme nucléaire ils pourront dissuader les Américains de lancer une attaque contre eux.
Il est peu probable que l’Iran, en dépit de l’attitude incohérente d’Ahmadinejad et de ses effets rhétoriques, soit le premier à recourir à l’arme nucléaire dans un conflit qui l’opposerait aux états-Unis et à Israël. Si tel était le cas, il signerait son propre arrêt de mort.
Les ayatollahs sont aussi rationnels et calculateurs que l’ont été avant eux les dirigeants de l’ex-Union soviétique et ceux du régime communiste chinois dont l’influence a été contenue par les états-Unis.
Aujourd’hui, toute intervention militaire contre l’Iran ne ferait que consolider à l’intérieur un soutien au régime et encouragerait même celui du monde musulman. Cela dit, il faut faire comprendre aux Iraniens qu’ils seront de plus en plus isolés, de plus en plus sanctionnés et de plus en plus exposés à des remous internes s’ils décident de se servir de l’arme nucléaire.
Seule une action internationale concertée sur la prise de sanctions plus dures et plus graduées, si l’Iran franchit la ligne rouge, peut faire en sorte que le régime réfléchisse « à deux fois » avant d’agir.
Sur le long terme, en espérant un changement de régime, il est vraisemblable que l’Iran se conformera au respect du traité de non-prolifération nucléaire.
Le meilleur moyen d’y parvenir pour les états-Unis et le camp occidental est d’accompagner sans ingérence les révolutions égyptienne, tunisienne, libyenne, yéménite et syrienne, et d’avoir la même approche avec la majorité des forces vives iraniennes qui en ont « ras le bol » de l’ayatollarchie.