Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique s’est considérée comme le leader du monde libre. Lors de son discours d’investiture, Barack Obama déclarait avec humilité : « Le monde change, l’Amérique doit changer avec. » Sans doute avait-il raison… après huit ans d’une politique désastreuse menée par George W. Bush, qui a terni l’image des états-Unis à travers le monde. Aujourd’hui, la réalité est tout autre et Obama donne l’impression de refuser d’endosser ses responsabilités de chef du monde occidental face à un monde en mutation profonde.
Fini le temps où le G8, le club privé des nations les plus industrialisées, régentait sous la houlette des états-Unis les affaires de la planète. Place au G20 où les puissances dites « émergentes » , comme le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Turquie, prennent le contre-pied de la diplomatie américaine et préfèrent s’aligner sur la Chine devenue la puissance mondiale n°1. Il a fallu une crise économique de portée mondiale pour que les états-Unis se réveillent et réalisent que toutes les démocraties ne partagent plus forcément leurs valeurs, leurs opinions, sur l’évolution des affaires du monde. Le temps du « qui se ressemble, s’assemble » est révolu. Lors du sommet mondial sur le réchauffement climatique à Copenhague, en décembre dernier, Barack Obama a essayé de mettre sur pied des rencontres bilatérales avec ses homologues d’Afrique du Sud, d’Inde et du Brésil : échec sur toute la ligne… Le président a même dû subir un choc lors de sa rencontre de dernière minute avec Hu Jin-tao qui était engagé dans des négociations privées avec ces trois pays. Oui, Copenhague a été le révélateur de la nouvelle gouvernance mondiale qui se dessine à grande vitesse.
Dans la capitale danoise, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud ont décidé que leur statut de nations émergentes était plus important que leur statut de démocratie. Tout comme les Chinois – pourtant parmi les deux plus grands pollueurs de la planète avec les états-Unis –, ils ont fait comprendre à Obama qu’il n’est pas juste pour les pays pauvres de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à niveau égal ou supérieur à celui des états-Unis ou de l’Europe, qui polluent davantage. Les présidents chinois et brésilien ont même plaisanté en comparant les états-Unis à un homme riche, qui, après avoir fait bombance, invite ses voisins à prendre le café et leur demande de partager l’addition. Le sommet de Copenhague n’est qu’un exemple isolé qui établit la nouvelle ligne de séparation entre riches et pauvres. Mais si on se penche sur le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, ou la Turquie, qui sont respectivement les plus importantes démocraties en Amérique latine, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, on ne peut considérer aucune d’elles comme un allié fidèle des états-Unis.
En 2009, Lula da Silva, le président brésilien, a signé un énorme contrat pétrolier avec la Chine, a parlé en termes très amicaux avec l’ennemi n° 1 des états-Unis en Amérique latine, le Vénézuélien Hugo Chavez, et félicité le président iranien Mahmoud Ahmadinejad pour sa récente réélection, avant de lui dérouler le tapis rouge lors d’une visite d’état à Brasilia.
Depuis plusieurs années, à l’Onu, l’Afrique du sud emboîte régulièrement le pas de la Chine et de la Russie, pour mettre son veto à des résolutions sanctionnant des dictatures comme l’Iran ou le Zimbabwe.
La Turquie, longtemps considérée comme l’alliée clef des états-Unis sur le flanc sud de l’Otan, et citée comme le seul exemple de démocratie musulmane, laïque, pro-occidentale, n’est plus un partenaire fiable des états-Unis. Depuis que les Américains ont envahi l’Irak, en 2003, l’antiaméricanisme n’a fait que croître dans ce pays et l’AKB, le parti islamiste au pouvoir, entretient d’excellentes relations avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas.
L’Inde, elle, chérit l’idée d’avoir une relation spéciale avec les états-Unis, mais ne s’aligne pas sur eux quand il s’agit de traiter du problème du réchauffement climatique ou de sanctionner l’Iran dans sa quête de l’arme nucléaire.
Ces pays sont bien des démocraties qui veulent s’affirmer comme ne faisant pas partie du monde occidental. Pour ces démocraties, Obama n’est certes pas Bush, mais il reste un président américain. Et elles se sentent plus en phase avec la Chine quand cette dernière dame le pion à l’Amérique.
Il n’y a rien de plus insupportable pour Obama que les grands quotidiens américains comme le New York Times qui écrivent : « Lorsqu’Obama rencontre Hu Jin-tao, il rencontre son banquier. » Il est de plus en plus dur pour l’ex-hyperpuissance américaine d’être le débiteur de la Chine.
Les Chinois, avec leur 10 % de croissance affichée en 2009, et leurs alliés émergents, ont compris que l’administration américaine est aujourd’hui une administration faible. Et cela aussi, c’est dur à entendre pour Obama.