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Humeur
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Le bras de fer terriblement inégal entre Tsahal et le Hamas évoque la fable Le Lion et le Moucheron, de Jean de La Fontaine. Le bilan de plusieurs semaines de combats est éloquent : d’une part des milliers de victimes palestiniennes (en grande majorité des civils) ; en face, moins de cent assaillants israéliens tués ou blessés… D’un côté Gaza rasée, transformée en paysage lunaire ; de l’autre Israël déplorant quelques pans de murs effondrés. La conclusion semble évidente : Tsahal, « le lion de Juda », après avoir craché un feu d’enfer – sans oublier des bombes au phosphore, au cobalt et au tungstène, pulvérisant hôpitaux et agences onusiennes –, semble bien redevenu le tout-puissant roi de la jungle proche-orientale. La cote de popularité d’Ehud Barak, l’architecte de l’assaut contre Gaza, paraît à son zénith !
Face au fauve israélien, le Hamas s’est comporté comme un moucheron. Il a certes empêché par ses roquettes, à la fin de 2008, les colons de Sdérot de dormir en paix, après que Tsahal eut lui-même violé la trêve et refusé de lever le blocus de Gaza. Mais, ce faisant, les islamistes palestiniens ont déchaîné la colère de l’État hébreu au plus mauvais moment pour eux. Car, à cause de leurs échéances électorales, les dirigeants israéliens étaient en pleine surenchère sécuritaire et décidés au pire. Par ailleurs, quoique allié au Hamas, l’Iran pressait son bras armé régional, le Hezbollah libanais, de rester l’arme au pied sauf s’il était attaqué, pour laisser une chance à un dialogue éventuel avec l’administration Obama.
Quant à l’Égypte du président Moubarak – seul poumon d’un territoire gazaoui minuscule, encerclé et dépourvu de protection naturelle (colline, forêt…) –, elle percevait les islamistes palestiniens comme de dangereux trublions liés aux Frères musulmans du Nil. Sur la scène internationale, le Hamas ne pesait guère plus. Après un demi-siècle de gaullisme, la France, et l’Europe à travers elle, venait d’être arrimée à Tel-Aviv par le tandem Sarkozy-Kouchner. Et George W. Bush, en fin de mandat, n’avait plus rien à refuser à son mentor israélien.
En réalité, depuis qu’il a vu le jour il y a six décennies, l’État hébreu – sans cesse alimenté par des flux démographiques en provenance des cinq continents et par des apports occidentaux financiers, économiques, technologiques et militaires massifs et pointus – refoule inexorablement le peuple palestinien de sa Terre, musulmans et chrétiens confondus : à coups de guerres et de tueries, d’annexions et de colonisations, d’occupations et de discriminations, de murs, de bouclages et de barrages… Chef de la diplomatie de Tel-Aviv, Tzipi Livni a même suggéré, il y a peu, de « transférer » les centaines de milliers de Palestiniens devenus citoyens d’Israël. Pourquoi donc le lion et ses acolytes s’interdiraient-ils désormais les « solutions » les plus extrêmes ? Que pèse l’agitation d’un moucheron ?
La Fontaine met pourtant en garde, dans sa fable : « … entre nos ennemis, les plus à craindre sont souvent les plus petits ! » Malgré – à cause de – la violence que le lion leur impose, les peuples du Proche-Orient vont générer des nuées de moucherons, « qui en cent lieux le harcellent, tantôt piquent l’échine et tantôt le museau, tantôt entrent au fond du naseau ». N’est-ce pas Ehud Barak lui-même qui l’avouait, naguère : « Si j’étais né Palestinien, je serais devenu terroriste » ? Après le Hezbollah, hier au Sud Liban, et le Hamas, aujourd’hui à Gaza, d’autres mouvements inflexibles lèveront demain l’étendard de la résistance acharnée en Cisjordanie, en Jordanie. Et qui peut garantir que l’Égypte restera aussi complaisante après Moubarak – c’est-à-dire très bientôt, peut-être ?
Plus décisif encore : des essaims de guêpes se forment dans l’Asie musulmane profonde et pourraient bien convoler avec les moucherons. Comme autrefois l’Iran du chah, la Turquie « laïque » – soutien traditionnel d’Israël – pourrait bien succomber aux sirènes islamistes, relayées par l’écho des massacres de Gaza. À Ankara, déjà, président de la République et Premier ministre s’indignent de l’hécatombe provoquée par Tsahal. Qu’en sera-t-il des centaines de millions de Pakistanais, dont le pays possède l’arme nucléaire, et d’Indonésiens, hier encore réputés pour leur islam « modéré » ? La France elle-même, qui compte d’importantes communautés musulmane et juive, n’est plus à l’abri de graves dérapages…
Une seule alternative à ces emballements qui guettent nos contemporains, nos enfants ainsi que nos petits-enfants et qui risquent de provoquer des conflits planétaires : l’arrêt de l’occupation et la décolonisation de Gaza, de la Cisjordanie et du Golan ; l’avènement aux côtés d’Israël d’un État palestinien viable incluant une partie de Jérusalem ; la paix dans la dignité pour toutes les parties… Ces dernières et le monde entier ont aujourd’hui les yeux rivés sur le nouveau locataire de la Maison Blanche, seul capable d’impulser une dynamique de négociations. Vœu pieux ? Utopie nécessaire plutôt, car la foi véritable – celle des hommes de bonne volonté – peut transporter les montagnes et combler les ravins.
Le lion et le moucheron
Par Yasser HAWARY
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