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En couverture en avril 2003
Algérie-France
Un tournant
dans l’Histoire
Les deux pays se tournent vers l’avenir
Le voyage du président français en Algérie n’a pas eu de grandes retombées économiques, mais il a été d’une dimension symbolique considérable. Retour sur un passé tourmenté.

Par L. BOUKRA

Nul n’en disconvient, la visite du président Chirac en Algérie est chargée d’une symbolique particulière. La presse parle d’un tournant dans les relations algéro-françaises. Qu’en est-il en réalité ? Il faut noter que c’est la première visite d’État d’un président français en Algérie. Il y eut celle de Giscard d’Estaing, dans les années soixante-dix, puis celle de François Mitterrand, dans les années quatre-vingt, qui n’étaient pas des visites d’État. Ensuite, plus rien, sinon les visites répétées du MEDEF, qui tergiversait, ne parvenant pas à trouver ses marques face au risque Algérie affiché par la Coface. Mettant à profit les difficultés de l’Algérie confrontée au terrorisme islamiste, certains secteurs de la gauche française, en l’occurrence, le Parti socialiste et les trotskistes, vont tenter de solder les comptes avec leur conscience d’autrefois encombrée d’aigreur, de sentiments de revanche. Le soutien de l’Elysée au FIS dissout a été exprimé au lendemain de l’interruption du processus électoral (1992), par cette fameuse injonction de Mitterrand : « Il faut respecter la volonté du peuple. »
Pour mieux affaiblir le régime algérien, la France officielle mettra l’Algérie sous embargo, notamment sur les plans de la coopération sécuritaire, de la vente des armes et du transport aérien. La visite du président Bouteflika à Paris, en avril 1999, ne changera pas grand chose. Il a fallu attendre les attentats du 11 septembre, pour que les Occidentaux changent de vision à l’égard de l’islamisme et de l’Algérie. Paris ne fera que suivre cette tendance mondiale, décrétée par les Américains, qui a fait du terrorisme islamiste, l’ennemi à abattre.
Sur le plan de la coopération sécuritaire, il semble que Paris maintienne son embargo, notamment sur la vente des armes à l’Algérie. Par ailleurs, dans l’entretien qu’il a accordé le 1er mars au quotidien El-Watan, Chirac a rappelé la position de la France. « En ce qui concerne les demandes d’équipements militaires, celles-ci sont examinées au cas par cas, selon nos procédures propres », a-t-il répondu à une question relative à « l’embargo de fait imposé par la France ». Autrement dit, la France n’est pas disposée à lever cet embargo.
Pour ce qui est de la coopération économique, nombreux furent les patrons français à être du voyage (le P-DG de TotalFinaElf, le patron des laboratoires Fabre, le président d’Airbus Industries, le P-DG de Gaz de France, etc.). En dépit de cela, il n’y eut aucun gros contrat signé. Seules trois conventions ont été conclues entre l’Agence française du développement et des partenaires algériens dans les secteurs de l’eau, de l’habitat précaire et de l’aide à l’investissement des PME. Il faut souligner, cependant, que des hommes d’affaires français et algériens n’ont pas attendu un signal politique pour se lancer dans le partenariat ; 180 entreprises françaises (dont 80 % de PME) sont déjà installées en Algérie. Dans le secteur bancaire, Natexis Banques populaires, BNP Paribas, le Crédit industriel et commercial et le Crédit agricole Indosuez sont déjà implantés en Algérie. Dans l’automobile, les entreprises Renault, Peugeot et Citroën accaparent 70 % du marché algérien de voitures neuves. Entre 1998 et 2000, la France est le 3e  investisseur en Algérie derrière les États-Unis et l’Égypte, avec 344 millions de dollars. Elle est le premier fournisseur du marché algérien et son deuxième client. Le processus est donc bien enclenché, et la visite de Chirac ne peut, tout au plus, que l’accélérer.
Les seules mesures concrètes annoncées par le président Chirac furent : la réouverture des Centres culturels de Constantine et de Tlemcen ; la création d’un Haut Conseil franco-algérien de coopération universitaire ; l’amélioration de l’enseignement de l’arabe au lycée international Alexandre Dumas d’Alger. Ces trois décisions ont plus pour objectif de renforcer la présence culturelle française en Algérie que de contribuer à la relance de l’économie algérienne.
Il reste que ce voyage, sans grandes retombées économiques, est gros d’une dimension symbolique considérable. Les deux pays ont décidé d’aller de l’avant et de se libérer d’un passé pesant. La rue algérienne, à travers l’accueil triomphal  réservé à Chirac, a montré que les Algériens ont tourné la page, depuis bien longtemps. La société algérienne est peut être plus prête que la société française à inaugurer cette ère nouvelle des relations algéro-françaises. Mais, la symbolique ne carbure qu’à l’émotionnel et à l’affectif. Ces deux ressources ne sont pas renouvelables à merci. Elles n’agissent que le temps d’un élan. La politique devra prendre la relève si on ne veut pas voir cet élan se briser contre le mur des déceptions et des désillusions. Alors, les nouvelles fractures seront encore plus difficiles à consolider.


A lire également dans le magazine d’avril 2003:

• Entre la mémoire et l’oubli
« La Déclaration d’Alger scelle l’entente entre les deux peuples et témoigne d’une vision partagée de l’avenir ».
Elle est le symbole d’une nouvelle ère des relations bilatérales.

• Le général Nezzar :
« Ce qu’il faut pour achever la réconciliation avec Paris »
Les problèmes en suspens avec la France, l’attaque contre l’Irak, les réseaux Ben Laden, les partis islamistes autorisés… L’un des artisans de la victoire contre les « barbus » se confie à Arabies.

• Partenariat économique privilégié
Si le train de la coopération économique sur de nouvelles bases est déjà mis sur les rails, il reste, cependant, beaucoup à faire…

• Retour en Oranie
Une foule immense venue de toute la région agite et mélange des drapeaux. Ceux de l’Algérie et ceux de la France. La première fois depuis l’Indépendance. Récit d’un moment exceptionnel.

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