Les deux pays se tournent vers l’avenir
Le voyage du président français en
Algérie n’a pas eu de grandes retombées
économiques, mais il a été d’une dimension
symbolique considérable. Retour sur un passé
tourmenté.
Par L. BOUKRA
Nul n’en disconvient, la visite du
président Chirac en Algérie est chargée
d’une symbolique particulière. La presse parle d’un
tournant dans les relations algéro-françaises.
Qu’en est-il en réalité ? Il faut noter que
c’est la première visite d’État d’un
président français en Algérie. Il y eut celle de
Giscard d’Estaing, dans les années soixante-dix, puis
celle de François Mitterrand, dans les années
quatre-vingt, qui n’étaient pas des visites
d’État. Ensuite, plus rien, sinon les visites
répétées du MEDEF, qui tergiversait, ne parvenant
pas à trouver ses marques face au risque Algérie
affiché par la Coface. Mettant à profit les
difficultés de l’Algérie confrontée au
terrorisme islamiste, certains secteurs de la gauche française,
en l’occurrence, le Parti socialiste et les trotskistes, vont
tenter de solder les comptes avec leur conscience d’autrefois
encombrée d’aigreur, de sentiments de revanche. Le soutien
de l’Elysée au FIS dissout a été
exprimé au lendemain de l’interruption du processus
électoral (1992), par cette fameuse injonction de Mitterrand :
« Il faut respecter la volonté du peuple. »
Pour mieux affaiblir le régime
algérien, la France officielle mettra l’Algérie
sous embargo, notamment sur les plans de la coopération
sécuritaire, de la vente des armes et du transport
aérien. La visite du président Bouteflika à Paris,
en avril 1999, ne changera pas grand chose. Il a fallu attendre les
attentats du 11 septembre, pour que les Occidentaux changent de vision
à l’égard de l’islamisme et de
l’Algérie. Paris ne fera que suivre cette tendance
mondiale, décrétée par les Américains, qui
a fait du terrorisme islamiste, l’ennemi à abattre.
Sur le plan de la coopération
sécuritaire, il semble que Paris maintienne son embargo,
notamment sur la vente des armes à l’Algérie. Par
ailleurs, dans l’entretien qu’il a accordé le 1er
mars au quotidien El-Watan, Chirac a rappelé la position de la
France. « En ce qui concerne les demandes
d’équipements militaires, celles-ci sont examinées
au cas par cas, selon nos procédures propres », a-t-il
répondu à une question relative à « l’embargo
de fait imposé par la France ». Autrement dit, la France
n’est pas disposée à lever cet embargo.
Pour ce qui est de la coopération
économique, nombreux furent les patrons français à
être du voyage (le P-DG de TotalFinaElf, le patron des
laboratoires Fabre, le président d’Airbus Industries, le
P-DG de Gaz de France, etc.). En dépit de cela, il n’y eut
aucun gros contrat signé. Seules trois conventions ont
été conclues entre l’Agence française du
développement et des partenaires algériens dans les
secteurs de l’eau, de l’habitat précaire et de
l’aide à l’investissement des PME. Il faut
souligner, cependant, que des hommes d’affaires français
et algériens n’ont pas attendu un signal politique pour se
lancer dans le partenariat ; 180 entreprises françaises (dont 80
% de PME) sont déjà installées en Algérie.
Dans le secteur bancaire, Natexis Banques populaires, BNP Paribas, le
Crédit industriel et commercial et le Crédit agricole
Indosuez sont déjà implantés en Algérie.
Dans l’automobile, les entreprises Renault, Peugeot et
Citroën accaparent 70 % du marché algérien de
voitures neuves. Entre 1998 et 2000, la France est le 3e
investisseur en Algérie derrière les
États-Unis et l’Égypte, avec 344 millions de
dollars. Elle est le premier fournisseur du marché
algérien et son deuxième client. Le processus est donc
bien enclenché, et la visite de Chirac ne peut, tout au plus,
que l’accélérer.
Les seules mesures concrètes
annoncées par le président Chirac furent : la
réouverture des Centres culturels de Constantine et de Tlemcen ;
la création d’un Haut Conseil franco-algérien de
coopération universitaire ; l’amélioration de
l’enseignement de l’arabe au lycée international
Alexandre Dumas d’Alger. Ces trois décisions ont plus pour
objectif de renforcer la présence culturelle française en
Algérie que de contribuer à la relance de
l’économie algérienne.
Il reste que ce voyage, sans grandes
retombées économiques, est gros d’une dimension
symbolique considérable. Les deux pays ont décidé
d’aller de l’avant et de se libérer d’un
passé pesant. La rue algérienne, à travers
l’accueil triomphal réservé à Chirac,
a montré que les Algériens ont tourné la page,
depuis bien longtemps. La société algérienne est
peut être plus prête que la société
française à inaugurer cette ère nouvelle des
relations algéro-françaises. Mais, la symbolique ne
carbure qu’à l’émotionnel et à
l’affectif. Ces deux ressources ne sont pas renouvelables
à merci. Elles n’agissent que le temps d’un
élan. La politique devra prendre la relève si on ne veut
pas voir cet élan se briser contre le mur des déceptions
et des désillusions. Alors, les nouvelles fractures seront
encore plus difficiles à consolider.
A lire également dans le magazine
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Entre la mémoire et l’oubli
« La Déclaration d’Alger
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Elle
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Une foule immense venue de toute la région
agite et mélange des drapeaux. Ceux de l’Algérie et
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