Bien que confrontée à des
problèmes judiciaires en Europe, la plus grande firme de
l’industrie
du logiciel souhaite accentuer son investissement
dans les trois pays du Maghreb. Obstacles sérieux à son
développement : le piratage et le sous-équipement.
Par Hakima bédouani-kernane
Pour s’intégrer dans le nouvel ordre
économique mondial, les pays du Maghreb doivent
libéraliser leur économie et l’ouvrir au secteur
privé ainsi qu’aux capitaux étrangers.
L’afflux de ces capitaux et le transfert des technologies et du
savoir-faire des grands groupes internationaux sont, en effet,
indispensables à ce grand bouleversement tant attendu. Dans ces
pays où les industries et les services aux entreprises sont en
pleine croissance, les nouvelles technologies de l’information et
de la communication (NTIC) ont un rôle majeur à jouer. Le
secteur de l’informatique connaît d’ailleurs une
croissance importante en Afrique du Nord. Cela n’a pas
échappé au géant américain Microsoft, qui
s’engage dans la région. Un engagement qui se traduit par
une stratégie adoptée et appliquée à
travers le monde : comprendre les besoins des clients en leur offrant
l’assistance et les conseils nécessaires à leur
développement. La firme a également
développé un réseau de partenaires dans les trois
pays, dans l’intention de transférer ses
compétences et son savoir-faire.
À cette fin, des cycles de formation et de
perfectionnement sont mis en place à travers des
séminaires d’information. Les domaines
d’interventions de la compagnie au Maghreb sont très
nombreux. Tous les secteurs d’activité sont
concernés, particulièrement la finance, l’industrie
et les administrations publiques. Microsoft s’investit notamment
dans le développement et la mise à niveau des petites et
moyennes entreprises, une activité en pleine croissance dans des
pays en mutation économique. Le but, après avoir fourni
l’équipement, est de vendre du conseil dans tous les
domaines des technologies et de la nouvelle économie. Ce secteur
est porteur dans les pays du Maghreb. Le marché du PC
croît de plus de 15 % par an en Algérie et en Tunisie, et
de 20 % au Maroc. Les particuliers représentent le tiers des
acheteurs avec 25 % du parc informatique, selon le bureau de Microsoft
Algérie.
Toutefois, malgré l’engouement
grandissant de Microsoft, des interrogations subsistent quant à
sa détermination à relever le défi du
marché maghrébin. On peut se demander si le géant
américain a les moyens de surmonter les freins au
développement qu’il rencontre sur place (piratage,
sous-équipement, manque de formation et de qualification) et si
les pays du Maghreb disposent de moyens humains et
d’infrastructures suffisantes pour répondre aux besoins
d’un tel développement.
Ces problèmes jouent un rôle capital
dans la stratégie de pénétration de Microsoft. Le
piratage s’est beaucoup développé, depuis la fin
des années 90, avec l’apparition, sur le marché, de
graveurs accessibles à tous. Il est devenu très facile de
copier un logiciel et de l’installer sur son ordinateur. La
contrefaçon existe à tous les niveaux, des canaux de
distribution de logiciels et des revendeurs et assembleurs
d’ordinateurs portables aux sociétés publiques et
privées, en passant par les particuliers. Les logiciels
piratés sont, en général, ceux du système
d’exploitation, comme Windows 2000/NT, des logiciels de
traitement d’image et de design graphique, comme Adobe, ainsi que
des tableurs et/ou traitements de texte (Excel, MS Word, etc.).
Dans les pays du Maghreb, les logiciels Microsoft
sont les plus piratés (70 % à 90 % du total) et la perte
de chiffre d’affaires est estimée à 150 millions de
dollars par an. Cette pratique est considérée par un
grand nombre de professionnels de l’industrie comme un des
premiers freins au développement de ce secteur dans le monde.
Elle occasionne des pertes supérieures à 11 milliards de
dollars pour les éditeurs de programmes informatiques.
À Alger, selon certains revendeurs, qui
préfèrent garder l’anonymat, on propose même
la licence d’exploitation de MS Windows, car le prix de la copie,
se situant en moyenne entre 100 et 120 dinars (1 DA = 0,011Ű), est plus
attractif que celui de l’original. De ce fait, elle est plus
accessible aux bourses modestes. Les revendeurs proposent toutes les
versions de logiciels piratés à des prix défiant
toute concurrence.
L’utilisation par les entreprises publiques
et privées des programmes informatiques piratés pose un
grand problème aux responsables de Microsoft Algérie. Des
entreprises de toutes tailles utilisent ou ont déjà
copié des logiciels Microsoft. Les gouvernements des pays du
Maghreb sont au courant de cet état de fait et ne peuvent
continuer à l’ignorer indéfiniment. Si le Maroc a
voté une loi contre toute forme de piratage informatique,
l’Algérie et la Tunisie n’en sont qu’à
l’étape de la prise de conscience et mettent en place des
actions de sensibilisation, avant la répression.
Ainsi, contrairement à ses voisins, le
Maroc a connu une baisse significative du taux de piratage
informatique. Des résultats très encourageants ont
été enregistrés. Une étude menée par
l’International Planning and Research pour le compte de
l’association internationale des éditeurs de logiciels,
Business Software Alliance (BSA) révèle que le taux de
piratage au Maroc est passé de 82 % en 1994 à 58 % en
2002, soit un gain de 24 points. Le taux mondial est de 39 %.
Ces résultats, très prometteurs, ont
été obtenus grâce à une politique de
sensibilisation et d’information, par le biais de mailings et de
rencontres auprès des utilisateurs, des vendeurs et des pouvoirs
publics. Toutes les entreprises, tous secteurs confondus, ont
été la cible des professionnels de l’industrie du
logiciel et des programmes informatiques, notamment du géant
américain Microsoft. En novembre 2000, le Maroc a
également instauré une loi interdisant toute utilisation
de logiciel ou programme informatique sans licence. Les actions
menées en application de cette loi peuvent aller de la mise en
garde ou de l’assignation en justice à des sanctions plus
sévères prononcées à l’encontre des
utilisateurs.
L’Algérie ne dispose pas encore
d’une telle loi, mais une ordonnance de juillet 2003 permettrait
de mettre le dispositif juridique algérien en conformité
avec les standards internationaux. Des actions de sensibilisation et de
vulgarisation sont menées, la dernière en date ayant eu
lieu les 11 et 12 mai 2004 à Sidi Fredj, sous le thème
" La protection des programmes d’ordinateurs ". Cette
manifestation, organisée conjointement par l’Office
national des droits d’auteurs et droits voisins (Onda),
l’agence de protection des programmes et le BSA, avait pour but
de combattre le piratage au sein de la société, que ce
soit par les particuliers, les entreprises ou les administrations
publiques.
Comme l’Algérie, la Tunisie
connaît un taux de piratage très important, avec
près de 85 % de logiciels contrefaits. Pour abaisser ce taux,
les autorités misent sur le développement du secteur par
diverses mesures réglementaires. À la suite de
l’insistance des professionnels du secteur, la loi de finance de
2000 a permis l’exonération des droits de douane pour les
composants informatiques dans le dessein de réduire leur
coût.
La stratégie adoptée par Microsoft
est d’apporter de la valeur ajoutée à ses produits.
Selon M. Lahouari Belbari, directeur général de Microsoft
Algérie, la meilleure façon de lutter contre le piratage
serait de sensibiliser tous les utilisateurs et revendeurs de produits
Microsoft sur l’impact d’une utilisation frauduleuse de
produits brevetés, par l’entremise de campagnes de
sensibilisation à travers le pays.