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Politique
Madeleine Albright :
" Arafat ne peut prendre des décisions de président "
L’ancienne secrétaire d’État américaine s’est exprimée sur la politique des États-Unis au Proche-Orient, à l’occasion de la sortie de son livre : Madame le secrétaire d’État.

n Merci d’accepter notre invitation pour la sortie de vos mémoires intitulées Madame le secrétaire d’État, publiées aux éditions Albin Michel. Chaque jour des soldats américains sont tués en Irak, et, pour la première fois, trois représentants de la sécurité américaine viennent d’être tués en Israël. Tout cela doit-il, selon vous, inciter l’administration Bush à modifier de façon drastique sa politique en Irak et au Proche-Orient, pour éviter plus de haine antiaméricaine et anti-occidentale et la multiplication des actes terroristes ?
q Je ne comprends pas très bien la politique de l’administration du président Bush. Je déplore le sentiment de haine envers les Américains, car je persiste à croire que le pouvoir américain peut être bon. C’est ce que j’ai essayé de prouver quand j’étais secrétaire d’État… Il est indispensable aujourd’hui de comprendre le problème. Il est important pour la France et pour nous qu’il y ait une stabilisation en Irak. Il faut que l’ONU agisse en ce sens.
n La politique de l’administration Bush en Irak ne fait pas l’unanimité, en dépit de l’adoption de la dernière résolution de l’ONU. Pensez-vous que l’ONU doit jouer un rôle central comme le demande Jacques Chirac pour aider les irakiens à déterminer au plus vite leur avenir politique ?
q J’aimerais que l’on prenne en compte ce rôle central, mais Kofi Annan n’est pas sûr que ce soit possible, les Américains ne voulant pas céder le contrôle. J’espère que la résolution à l’ONU va aider à ce que nous puissions tous travailler ensemble. il n’est pas question que la France ou l’Amérique perde ou gagne, mais de bâtir quelque chose ensemble.
n La paix a été à portée de main entre Israéliens et Palestiniens grâce à vos efforts, et à ceux du président Clinton en juillet 2000. pensez-vous que George Bush peut réussir, un an avant l’élection présidentielle, là où vous avez échoué de très peu, et à un moment où Sharon et Arafat semblent dépassés tous les deux, aujourd’hui, pour faire la paix ?
q Ce sera très difficile, parce qu’il y a toujours des attentats. On pense maintenant qu’Arafat n’a pas eu, en 2000, la possibilité de prendre des décisions. Mais les américains et le président Bush doivent vraiment se pencher sur cette situation. Il faut mettre sur la table la feuille de route, mais il y a des problèmes… Israël a un leader très entêté et  Arafat l’est également. Il s’avère donc difficile de les réunir.
n George Bush a déclaré au premier ministre palestinien qu’il n’y aurait pas d’État palestinien si la violence se poursuivait. Approuvez-vous une telle déclaration ?
q Arafat a eu l’occasion d’avoir un État palestinien. Il a décidé de ne pas prendre cette décision, ce qui rend les choses bien difficiles aujourd’hui. Mais j’espère que les deux peuples pourront parvenir à une entente. C’est pour cette raison que nous aurions vraiment besoin d’un premier ministre comme Yitzhak Rabin qui, rencontrant Arafat, cherchait à faire avancer les choses.
n Après l’Irak, il y a l’Iran, qui représente une menace nucléaire et qui a tissé des liens avec Al-Qaïda. Y-a-il un risque que la République islmamique soit la prochaine cible des États-Unis ?
q J’espère que non. Ce serait le début d’une terrible vague de problèmes. L’ONU peut jouer un rôle avec l’Iran, après les décisions de l’Agence internationale de l’énergie atomique. J’espère qu’il y aura des changements en Iran et que nous pourrons travailler avec les européens, qui ont beaucoup plus de liens avec les iraniens que les américains. Voilà ce à quoi nous devons nous atteler aujourd’hui.
n Quelle est votre opinion sur Arafat, que vous avez souvent rencontré ? Comment le décririez-vous ?
q Je le trouve très compliqué. J’ai passé beaucoup de temps avec lui. Je pense qu’il est incapable de prendre des décisions de leader, de président, et qu’il se voit comme une victime. Il a été bien reçu partout, même à Paris par le président Jacques Chirac. Les Israéliens ont fait une erreur tactique en l’isolant car, ainsi, ils lui ont vraiment permis d’être perçu comme une victime, un prisonnier.
Quand son bureau a été attaqué à Ramallah, on a vu toutes ces images avec le drapeau palestinien, il était le centre d’intérêt. Et puis, quand le vice-Premier ministre en Israël a dit qu’il devait être exilé ou assassiné, on l’a vu – même malade – arborant un grand sourire. Beaucoup de jeunes gens l’ont soutenu à ce moment-là. Mais je ne le crois pas capable de prendre des décisions.
n Il veut être un martyr de son vivant ?
q Oui, je crois que oui. Nous avons essuyé beaucoup de critiques à cause du temps que nous avons passé avec Arafat. Pourquoi l’a-t-on reçu à la Maison Blanche ? pourquoi est-il venu chez moi ? Mais je suis heureuse qu’on ait essayé.
n Ne pensez-vous pas qu’Arafat est resté le même depuis ses débuts en politique, c’est-à-dire le patron de l’OLP, une organisation terroriste ?
q Absolument. Et il se voit comme un libérateur. Mais il est beaucoup plus intéressant de voyager, d’être reçu partout, que de décider de régler la problématique à Gaza.
n Diriez-vous que c’est un mauvais danseur pour la paix, un pas en avant, trois pas en arrière ? Barak disait que pour danser le tango il faut être deux…
q Comme Donald Rumsfeld l’a déjà dit : Arafat prend les décisions au dernier moment, mais n’avance pas. Ce n’est jamais le bon moment.
n Devant la vulnérabilité de George Bush, une victoire démocrate à la prochaine élection présidentielle de novembre 2004 est-elle envisageable et, si oui, avec qui et quelle politique étrangère au Proche-Orient et au Moyen-Orient ?
qJe crois et j’espère qu’aujourd’hui une victoire démocrate est possible. La politique étrangère des années passées montre que l’Amérique peut agir de concert avec les autres pays. Les alliances fonctionnent bien, on peut suivre les traités, et se voir comme un citoyen du monde, et non d’un pays qui agit sans penser aux autres.
Quand j’étais secrétaire d’État, j’ai parlé des États-Unis comme d’une nation indispensable. Ce qui m’a valu beaucoup de critiques ; mais j’ai toujours pensé au partage des responsabilités avec les autres pays. Il est très important d’être engagé et de ne pas voir le monde blanc et noir.
J’espère donc la victoire des démocrates, et le retour à ce type de politique. Je connais tous les candidats et je pense que la plupart sont responsables et pourraient être président.







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