Organisations non gouvernementales et
associations ont permis aux plus démunis d’accéder
à la microfinance.
Par Faouzi LAMDAOUI
L e microcrédit dément le proverbe
selon lequel on ne prête qu’aux riches. En effet, au
début des années quatre-vingt-dix, dans de nombreux pays,
près de la moitié de l’économie était
informelle. En prenant conscience du potentiel de développement
et de recette fiscale des petits entrepreneurs, beaucoup de
gouvernements firent les premiers pas pour les intégrer à
l’économie formelle, en simplifiant les formalités
de créations de petites entreprises. Cependant, les prêts
demeuraient inaccessibles, le plus souvent, pour ces petits
entrepreneurs, en majorité pauvres. Beaucoup sont vendeurs
ambulants et ne possèdent aucun bien. Faute de garantie, ils ne
pouvaient pas prétendre à un prêt de banque
commerciale classique, et les intérêts trop
élevés réclamés par les usuriers mettaient
cette alternative hors de portée. C’est ainsi que les
programmes de microcrédits furent élaborés par des
organisations non gouvernementales et des associations alors que les
banques commerciales continuaient à les ignorer.
Le crédit en lui-même ne peut pas
être l’élément central du
développement, il n’est qu’un élément
de plus. Plusieurs expériences ont déjà vu le
jour.
En Algérie, le démarrage est timide.
Les agréments et l’étude de projets financés
par le microcrédit se font très lentement. Plusieurs
facteurs sont à prendre en compte, notamment les reports de
séances répétés des instances
décisionnaires, les difficultés à réunir
tous les représentants des banques, etc… Face à
cette attitude frileuse, certains se lancent dans le mouvement
associatif.
En 1999, Abdelatif Allam, éducateur
à la cité de l’enfance en France, et adjoint au
maire de Fleury-Mérogis se rend à Timimoun, ville de
l’oasis rouge, au cœur du Sud-Sahara algérien avec
ses maisons en argile, ses palmeraies où les enfants travaillent
et ses écoles, où les élèves
n’affluent qu’à l’heure du déjeuner.
Parti en touriste, il sympathise avec un instituteur de la ville,
Mohamed Ould Ali engagé dans la lutte contre l’illettrisme
des enfants de Timimoun et des oasis environnantes. L’un
s’étant reconnu dans les motivations de
l’autre… et réciproquement.
Juillet 2002, Mohamed Ould Ali touche le sol
français. Il n’imaginait pas ce qu’il allait voir,
notamment l’abondance des produits, les appels agressifs parfois
à la consommation, les avancés technologiques, le
système de protection sociale, la place donnée à
l’éducation des jeunes, même s’il reste
beaucoup à faire. « La France prend soin de ses enfants »,
remarque-t-il.
C’est ce contraste saisissant entre deux
réalités qui a fait germer, chez ces deux hommes,
l’idée de la création de l’association Grain
d’humain, Grain de sable. Les objectifs de celle-ci ? Dans un
premier temps, l’aide sociale à la scolarisation des
enfants du Sud algérien et la participation au
développement durable. « Il est indispensable de soutenir
les familles matériellement, afin qu’elles deviennent
autonomes dans le développement de l’artisanat local et
qu’elles puissent enfin subvenir aux besoins du foyer, sans faire
appel à la main-d’œuvre de leurs enfants »,
soulignent Mohamed Ould Ali et Abdelatif Allam. Dans un deuxième
temps, ils souhaitent développer le microcrédit à
0 % de taux d’intérêt, et réflechissent
à son utilisation. Les besoins sont multiples et importants, et
les moyens d’agir différents. L’association accepte
les dons de toute nature (fournitures scolaires, jeux éducatifs,
livres, vêtements, etc…), et les dons financiers. « Le
microcrédit ou l’épargne de proximité peut
donner aux commerçants ambulants, aux femmes brodeuses, aux
mécaniciens, restaurateurs, artisans, agriculteurs, petits
entrepreneurs de Timimoun et des oasis voisines l’espoir
d’une vie nouvelle », affirme Mohamed Ould Ali.
Entre septembre et décembre 2003, Grain
d’humain, Grain de sable financera probablement son premier
projet « timimounais ». Les accords se feront devant
notaire pour officialiser l’opération. Beaucoup de
projets, donc, pour cette petite « assoce » qui entend bien
se développer davantage grâce à l’aide de
tout le monde. Abdelatif Allam note que « les programmes du
microcrédit accordent aux pauvres de petits prêts pour
qu’ils exercent une activité indépendante qui leur
procure des revenus et leur permet de répondre à leurs
besoins et à ceux de leurs familles ». Car les dons de
masse ont prouvé leur action délétère en
dehors de situation grave et de crise humanitaire majeure. Ils
déséquilibrent complètement
l’économie et créent une dépendance des pays
bénéficiaires. Comment le paysan local va-t-il
écouler sa production si une organisation internationale livre
des milliers de tonnes de marchandises gratuitement ? De même,
les dons financiers à l’échelle d’un pays ont
été très souvent détournés.
Une vision plus pragmatique des choses est alors
apparue pour les pays du Maghreb : c’est le dynamisme des petites
entreprises qui fait la vitalité de l’économie
d’un pays. L’idée est de permettre
l’accès à un moyen de production (machine à
coudre par exemple, une petite machine pour une imprimerie de quartier,
etc…). En général, c’est la solidarité
familiale qui joue pour ce type d’investissement. Le principe du
microcrédit est de participer à cet effort par un
prêt à taux zéro. La famille rembourse
progressivement l’emprunt avec les bénéfices
dégagés.
Il est donc préférable de pratiquer
le prêt plutôt que le don pour éviter que le moyen
de production acquis ne soit revendu. Par ailleurs, il permet de
récupérer l’argent et ainsi d’obtenir
d’autres prêts. Dans ces pays, la microfinance à
elle seule ne peut résoudre tous les problèmes de
développement. Au-delà de l’accès aux
ressources financières, il y a des besoins sociaux, des
problèmes vitaux auxquels tous les acteurs et les pouvoirs
publics doivent prêter attention par des moyens et des
mécanismes adaptés.